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[Camera] : « À partir du moment où t’arrives à faire sonner la langue française, tout passe par la musique et le plaisir est partagé »

À l’occasion de la sortie de leur clip « Dans le Rouge », on a interviewé le groupe [Camera], en forme, après leur concert au Métronum le 27 novembre. Rencontre avec ces 4 Toulousains au style bien affirmé.

Salut les [Camera] ! Comment s’est passé le concert ? C’était une première pour vous au Métronum ?

Rym : On a déjà fait une résidence au Métronum, mais jouer devant un public ici, oui c’était une première. C’est vrai qu’au début c’était un peu difficile de rentrer dedans car le public n’était pas nombreux, mais après la première chanson, le contact est bien passé et on s’est amusé sur scène.

Vous avez joué ce soir aux côtés de Mustang, groupe rock 50’s/60’s qui chante aussi en Français. Est-ce que chanter en français, ça change la façon d’aborder la composition ?

Rym : Clairement oui. Il faut trouver une sonorité dans les mots pour que ça puisse passer sur une musique rock. C’est pas évident car on est influencé par une culture anglo-saxonne. Et donc culturellement, le français est difficile à cerner comme ça, de but en blanc. Il faut trouver d’autres sonorités, donc c’est un travail qui n’est pas immédiat.

John Lennon a dit « Le rock français, c’est comme le vin anglais ». Vous lui répondez quoi ?

Rym : On dit « non ». On est là pour faire mentir John Lennon (rires).

Qui écrit les textes parmi vous ?

Fred : On sait pas (rires).

Rym : Bon, je crois que je vais me désigner alors.

Les textes viennent avant la musique ou l’inverse ?

Rym : Tu as une partie de la réponse. T’as vu que le yaourt anglais, peut importe les paroles, on va essayer de trouver des mots par-dessus la musique (rires). En fait, il n’y a pas de règles. Ce qui peut se passer c’est qu’il y a des textes qui sont plus ou moins prêts, après y a une musique, et il faut y adapter les textes pas dessus.

Vous abordez un rock plutôt urbain. Moi ça me fait un peu penser au groupe Feu ! Chatterton.

Olivier : Non je ne suis pas tout à fait d’accord, je trouve qu’il y a un côté plus grandiloquent dans le chant de Feu ! Chatterton. C’est pas une prétention qu’on a nous. Après effectivement, ils chantent en français, je pense qu’il écrit ses textes avec attention, mais il les écrit pas 5 minutes avant d’enregistrer par exemple. Moi je n’ai pas l’impression qu’on soit dans la même énergie.

Où vous allez chercher vos influences ? C’est un univers dans lequel vous avez grandi ?

Rym : Il y a des influences musicales oui, après c’est très rock anglo-saxon.

Olivier : Après c’est très difficile de répondre à cette question, puisque on a plus tout à fait 20 ans.

Rym : Mais parle pour toi (rires). Alors là, on le voit pas mais en fait il a une canne, ça l’empêche pas de jouer de la batterie, des fois il tape dessus ça donne une sonorité à la cymbale (rires).

Olivier : Non, mais il y a des influences qui se mélangent, c’est 20 ans d’influences et on n’est pas les mieux placés pour réellement citer une référence en particulier.

Rym : Après bien sûr qu’il y a des influences, mais ce ne sont pas des influences jazz, des influences métal, bien qu’on puisse reprendre quelques petites sonorités. Et puis en plus le côté français fait, qu’on n’a pas une influence directe, c’est plein de choses mélangées. Tu parlais de Chatterton, on peut parler de l’album de Baschung et là, oui, sur l’écriture des textes, il y a une influence. Pour les gens qui nous connaissent pas, on va plus vers du PJ Harvey, Archive ou encore Deus.

Olivier : C’est plus une étoile polaire que des références, tu vois quand tu regardes le ciel, ce sont des repères.

Rym : Pour moi ça serait une Vénus.

La genèse de votre groupe. Comment s’est passée votre rencontre à tous les 4 ? Qu’est-ce qui fait qu’à un moment donné, vous avez décidé de monter un groupe, de faire ce genre de musique ?

Rym : Si tu veux tout savoir, [Caméra] c’est un groupe assez ancien qui a eu une première histoire, donc là c’est le [Caméra] numéro 2, c’est-à-dire avec des nouvelles chansons, un nouveau style aussi dans la façon d’aborder les choses. À la base, il y avait Olivier et moi. D’autres sont partis, Fred est arrivé et Mégane nous a rejoints en dernier. Donc dans la formation actuelle du groupe, ça fait 2 ans.

Pourquoi le nom [Caméra] ? C’est quoi l’histoire ?

Olivier : Ça fait tellement longtemps que maintenant on se dit que c’était peut-être pour de mauvaises raisons.

Rym : Moi je vais te donner la raison. [Caméra] pour être honnête à la base, c’est un nom qu’on avait pris parce que ça sonnait bien et puis c’est un nom qui sonne dans toutes les langues. Tu me demandais par exemple les textes, ce qui est intéressant c’est de trouver des sonorités en français et trouver des sonorités qui ont un son, c’est-à-dire que si t’es portugais, sénégalais, etc., ça va quand même sonner à ton oreille. Donc ça c’est un travail à faire. Le nom [Caméra], dans toutes les langues ça existe, c’est ça qu’on trouvait bien à l’époque, ça sonnait bien tout ça et puis ça rendait aussi hommage à Téléphone. Ce qui était intéressant aussi dans le nom, c’est que la caméra c’est un angle de vue, c’est une histoire d’où tu places la caméra pour avoir une façon d’aborder les choses. C’est simplement le regard que tu portes qui donne un côté nécessaire à ce que tu fais. Les gens ils aiment ou ils aiment pas, mais toi tu l’as vu comme ça et t’essayes juste de le montrer comme tu l’as vu et de la meilleure façon que tu peux. Et, quel que soit les thèmes qu’on aborde, l’amour par exemple ou encore cette solitude dans la masse qui revient assez souvent dans nos chansons.

Fred : C’est assez axé sur l’individu. Il y a souvent une mise en abîme de l’individu comme ça, avec une émotion forte et lourde.

Votre EP s’appelle « Dans le rouge ». Si on parle de la chanson en elle-même, qu’est-ce qu’elle raconte exactement? Vous pouvez nous expliquer le clip aussi, sorti récemment (le 17 novembre ndlr)?

Rym: Alors dans la chanson, c’est l’histoire d’un « chanteur rock obsolète » qui n’a pas forcément de public. Dans le clip, on découvre que c’est un chanteur vieux. Son histoire a quelque chose d’un peu dramatique, on parle de son rapport à la mise en lumière, du rapport au succès. Et derrière cette quête-là, qu’on passe à la télé, à la radio ou n’importe quel métier dans la société, il y a toujours cette question de la reconnaissance. C’est sa propre place au sein de la société : « qu’est ce que je fais là, qu’est ce que je suis » et c’est ça la reconnaissance, c’est savoir ce qu’on est au sein du monde. Là, il est pris sous l’angle de la musique.

Vous avez fait un concert à Barcelone. Racontez-nous un peu. Le public espagnol était-il réceptif à ce rock français justement ?

Rym : On a joué dans une salle à Barcelone comme celle-ci, même nombre de places et qui s’appelle le Bikini d’ailleurs. Il y a avait plus de monde, on faisait la première partie d’un autre groupe. C’est peut-être une question de caractère, mais on a fait 3 concerts en Espagne et les gens sont très avenants. Ils sont là, ils écoutent et si ça leur plait, ils te le communiquent.

Fred : Nickel, très réceptifs même plus réceptifs que les français. J’ai l’impression que le public espagnol est très bon public, surtout pour les choses qu’ils ne connaissent pas vraiment et c’est tant mieux. Ici en France, on est un peu plus blasé je dirais.

Olivier : Ça montre que, finalement, il y a une diversité de la musique. Il y a des chanteurs qui chantent en anglais, on comprend rien mais les gens s’intéressent quand même à la musique. À partir du moment où t’arrives à faire sonner la langue française, même si les gens ne la comprennent pas, tout passe par la musique et le plaisir est partagé.

Si on revient sur la scène locale, La Dynamo a une actu plutôt triste. Qu’est-ce que vous en pensez? Vous y avez déjà joué plusieurs fois d’ailleurs…

Fred : Oui et on y rejoue en janvier. C’est vraiment dommage qu’elle ferme. Moi personnellement, c’est une de mes salles préférées à Toulouse. C’est une vraie salle rock un peu à l’ancienne et c’est dans le centre-ville. C’est ce qui manque d’ailleurs à Toulouse et c’est dommage qu’ils doivent fermer. Il faut un lieu comme ça dans le centre, c’est très important je pense.

Rym : Évidemment nous, plus il y a de salles, plus il y a de lieux et plus on est content.

Vous travaillez avec Les Jeudis du Rock. Quel est leur rôle dans votre aventure ?

Rym : C’est une histoire familiale (rires). C’est une association qui fait tourner des artistes. Nous sommes ici 3 représentants des Jeudis du Rock en fait, donc on pourrait dire que c’est aussi une association de musiciens à la base. Après nous c’est particulier. Olivier c’est le président, Mégane fait l’administration et moi je m’occupe du management. Il y a 4 groupes dans les jeudis du Rock : [Caméra], I Me Mine, Man-Size et Terre Neuve Collective. Mais il faut les écouter ! C’est très bien !

Des projets en perspective ?

Fred : On va bientôt enregistrer deux titres en studio avec le producteur Serge Flaubert, qui a produit notamment le dernier album d’I Me Mine et de Kid Wise. L’enregistrement est pour bientôt, au premier trimestre 2015. Sinon on fait une petite tournée en Auvergne, les 11, 12 et 13 décembre. On a aussi un autre clip en projet et un autre titre en préparation pour l’EP Dans le Rouge. Plein de petits projets comme ça… Pareil on a enregistré le concert donc on pourra aussi le sortir pour ceux qui n’étaient pas là ce soir. (ndlr Concert enregistré par Ypok)

Une bonne raison d’aller vous voir en live ?

Rym : Voir du rock sonore français ! Et parce qu’on peut passer un bon moment avec du rock en français. Ça peut s’écouter mais ça se voit aussi en live.

Un endroit idéal pour jouer ?

Rym : Il y a un moment idéal oui, mais pas forcément de lieu idéal.

Fred : La Dynamo ! Oui pour moi c’est chouette de jouer là bas. Ici, (au Métronum) c’était chouette aussi. On a joué dans plein endroits chouettes, même des petits lieux. On a fait un concert dans un charmant petit village près de Saintes, où il y avait pas forcément beaucoup de public mais le peu de gens qui sont venus étaient très réceptifs. On est tombé sur des gens supers, un lieu magnifique, on était très bien accueillis. On a des surprises tout le temps dans plein de lieux différents !

Dans un festival par exemple, avec qui, vous partageriez l’affiche ?

Olivier : Moi je voudrais bien avec PJ Harvey.

Mégane : Caliméro.

Fred : Moi j’aimerais bien faire une affiche avec Blue Red Shoes que j’aime beaucoup, deux petits anglais très sympathiques.

Rym : Yodelice ! Ou alors je sais pas, les Rolling Stones (rires).

Et pour terminer, si vous aviez 2/3 groupes à nous faire découvrir? Vos coups de cœur 2013/2014 par exemple.

Rym : I Me Mine. ALB c’était bien aussi ! Il y en pleins, on a le choix.

Fred : C’est vrai que I Me Mine c’est chouette.

Mégane : BRNS.

Merci à vous ! Et donc on prend rendez-vous pour votre date à la Dynamo le 17 janvier 2015 !

 

Caroline

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