Rodin : de la Terre à la Lune

 
Rodin a en commun avec son homologue Auguste cette quête de l’expérimentation et cette envie de révolutionner son art. Rodin Kaufmann dont on a pu apprécier toute la maitrise vocale en octobre en clôture du Festival des Voix à Moissac au sein du chœur polyphonique Lo Cor de la plana livre aujourd’hui un 1er album qui devrait faire changer d’avis celles et ceux qui pensent encore que l’occitan est réservé à quelques troubadours du sud de la France.

Dans les années 80, des groupes comme Massilia Sound System ou Les Fabulous Trobadors à Toulouse ont ouvert la voie, ravivant l’esprit des Balèti , dépoussiérant et déringardisant cette langue qu’on associait alors aux vieux du village. Depuis quelques années, ils sont de plus en plus nombreux à bâtir des ponts entre modernité et tradition, Super Parquet, Artùs, Dupain, Sourdure, Cocanha … un renouveau qui s’attaque à tous les styles.

Pantais Clus ou rêve clos, mélange de hip hop, d’électro et de chants traditionnels, bouleverse les codes et dynamite les frontières. Un son éclectique difficile à cerner, qui puise ses influences dans différentes cultures et différentes époques. Comme ici avec Rei de la luna ou cette prod minimaliste côtoie le sample de Miquèla Bramerie. Le flow de Rodin se fait distant, tel celui d’un conteur et se fond dans ce chant cristallin, comme suspendu au ciel, donnant au morceau des allures de sacré.
Entre spleen et mélancolie, ce nouvel extrait (apres Leis Alas Dau Temps) renvoie au mythe d’Endymion, à ces rêves et ces êtres qui occupent continuellement nos esprits. Cet éternel dormeur fasciné, envouté par les charmes de la lune et ses appels aux changements.
« E siáu pus ren de tot, Vist que siáu pus rei de tu. » (Et je ne suis plus rien du tout, vu que je ne suis plus roi de toi)

De superbes images filmées en Provence, entre Marignane et la montagne de Lure, des images du quotidien, d’un amour naissant et de bonheur qui s’achèvent au coucher du soleil comme ensevelies par l’éclat de la lune.

Accompagné par le label Dora Dorovitch dont on loue régulièrement le bon gout, ce 1er album qui sortira en Vinyle sur le label américain Fake Four a été masterisé par Dan Milice (A$AP Rocky) à New York. Preuve que l’occitan en a fini avec les traditions du Trobar Clus, se muant en une langue qui voyage, qui s’ouvre à son époque et qui séduit de plus en plus de public. Entre la nova cancon et les sonorités hip hop, entre Tupac et Trencavel, Rodin se dresse sous la lune et pourfend les valets de l’uniformisation.

Julien


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Crédit photo : Lucie Perrey