Bajarre Fest : « Quand tu viens chez nous, tu débranches le cerveau quelques heures, tu prends du gros son dans les feuilles et tu repars en ayant rigolé toute la soirée »

Le Bajarre Fest arrive à Toulouse pour sa deuxième édition, du 7 au 10 février à la Cave à Rock. Un événement porté par l’équipe de Toulouse Bajarre Club ! On a posé quelques questions à Fanch, membre de l’association pour en savoir plus sur cet événement résolument rock ! 

Bonjour Fanch. Le Bajarre Fest c’est quoi ? Comment s’est lancé l’aventure ?

Bonjour ! Tout débute au cours de l’année 2016 avec l’idée entre plusieurs groupes (DOT, Simple Jack, Octarine et MuffDiver) de monter un collectif afin de mettre en commun les compétences et les différents contacts de chacun dans le but d’avoir davantage d’impact en terme de programmation, de communication auprès des différents interlocuteurs et de minimiser les coûts dans le développement de nos projets musicaux. En effet, avec l’intégration l’an dernier de NewtT et Horner, nous avons au sein du Toulouse Bajarre Club un programmateur, un régisseur technique, plusieurs photographes, vidéastes, des graphistes, un ingénieur du son, un luthier et pour ce qui est des contacts, certains groupes ont davantage tourné que les autres et font profiter de leur mailing pour aller chercher de la date… Bref, il y a énormément de compétences et d’outils qui ont été mutualisés par ce biais.

Cela s’est fait très spontanément, sans avoir réfléchi aux causes et aux conséquences. Mais avec le recul, on tient un outil qui pourrait nous être d’une véritable aide à moyen et long terme. On est sur une branche musicale qui a du mal à se vendre, un peu le cul entre deux chaises. D’un côté, la pop, l’électro et le garage psyché ont le vent en poupe. De l’autre, le métal a un public toujours plus fidèle, mais qui ne se reconnait pas toujours dans nos registres moins brutaux. Les grandes salles nous sont pour le moment inaccessibles. Et les petits et moyens lieux n’ont pas d’énormes moyens pour payer les artistes, quand ils n’ont pas de contraintes acoustiques qui les empêchent tout simplement de nous recevoir. En cherchant à créer un réseau de musiciens et de structures « bajarre » partout en France, en invitant des artistes d’ailleurs et en les faisant adhérer au projet, on cherche à permettre une plus grande facilité de tournée pour les artistes de notre esthétique qui peinent à se vendre un peu partout. Arriver dans chaque ville avec un groupe ou une structure partenaire, avoir l’assurance de quelqu’un qui fait la com pour votre live, qui vous fait à bouffer, vous héberge après le concert etc… Ça change considérablement la donne pour partir jouer à des kilomètres de chez soi.

Pour ce qui est du festival, après avoir organiser quelques dates dans les mois qui ont suivi la naissance du collectif, la volonté est venue de créer notre festival des musiques stoner et assimilées à Toulouse et d’en faire au fil des ans un événement majeur, toujours dans ce but de répandre le nom et le projet.

Au passage… pourquoi « Bajarre » ? 

Alors, il y a un humour un peu débile dans le collectif, dans nos événements et dans l’esprit du TBC (Toulouse Bajarre Club). On essaie de mêler les rencontres musicales à un gros esprit ludique, un petit côté théâtralisé, où quand tu viens chez nous, tu débranches le cerveau quelques heures, tu prends du gros son dans les feuilles et tu repars en ayant rigolé toute la soirée et avec le sourire. « Bajarre » donc, c’est tout simplement bagarre prononcé avec quelques verres de trop dans le nez. On a développé cette identité visuelle qui mêle les musiques épaisses à l’imagerie de la savate, cet ancestral art de combat de gentlemen qui est devenu la boxe. Excepté que l’on se bat à coups de puissance d’amplis et de gros riffs plutôt qu’avec les poings. Le détournement du mot « bagarre », c’est aussi pour souligner la non-violence dans les actes, même s’il y en a parfois dans le verbe. Ce mot, qui peut paraître un peu ridicule ou laisser perplexe, fait plus rire qu’il n’inspire la violence.

Ça veux dire quoi « musiques épaisses » ?

Ah ah, on parle aussi de musique solide parfois ! Toujours dans la plaisanterie, c’est une autre façon imagée de dire qu’on fait du gras. Comme je le disais, dans l’ensemble on évolue sur un registre de gros rock 90’s et de stoner. Chaque groupe a ses influences, ses sonorités, avec un côté moderne ou d’autres plus vintage. L’un va avoir des accents de rock sudiste, l’autre va panacher certains titres de sonorités orientales. Bref, on a tous notre identité, mais là où l’on se rejoint, c’est que le son est puissant et lourd. Et je peux te garantir quand tu viens voir un groupe TBC et que tu te prends ça dans la face, tu finis par comprendre que l’adjectif « épais » est approprié ah ah.

Le concept du festival, toujours en cohérence avec l’aspect combat de boxe, se voulait d’opposer Toulouse à une nouvelle ville à chaque édition

Cette deuxième édition opposera Toulouse à Montpellier. Pourquoi cette ville ?

Le concept du festival, toujours en cohérence avec l’aspect combat de boxe, se voulait d’opposer Toulouse à une nouvelle ville à chaque édition. Chaque année, on invite donc, chaque jour du festival, un groupe provenant de la même ville. Un des buts de s’attaquer chaque année à une nouvelle ville, c’est aussi de leur vendre la bajarre, de leur expliquer l’idée et les objectifs, et de convaincre les groupes de devenir dans leur ville une antenne de la bajarre en France. Voyez le Bajarre Club comme une sorte de Fight Club des musiques stoner. On a commencé l’an dernier avec Bordeaux. Quoi de mieux pour chauffer le public, sur la première édition d’un tel concept, que de régler illico le derby de la Garonne. On a donc reçu de très jolis projets avec Orotoro, Seeds of Mary et Blackbird Hill qui commencent à pas mal rouler leur bosse en salle et en festival.

Si on a choisi Montpellier cette année, c’est pour deux raisons. La première est une question de moyens. Le collectif est récemment devenu association, mais nous n’avons pas une grosse trésorerie et on manquait de temps pour des demandes des subventions. On devait donc rester sur une ville pas trop éloignée d’ici pour réduire les coûts de défraiements. Ça, c’est notre réalité économique.  La seconde raison, et c’est de loin la plus importante, c’est que Montpellier est depuis longtemps un vivier de groupes de stoner et de gros rock qui tache. Beaucoup connaissaient Mudweiser, mais en dehors d’ÖfÖ AM, Denizen et Lahius que l’on reçoit sur ce Bajarre Fest #2, il y avait Franckie IV Fingers qui ont splitté il y a peu, Black Witches, Icysun, The Mistaken Sons of Alabama, Monolith, … Ils ont là-bas un grand nombre de groupes dans l’esthétique qui est la nôtre et qui plus est de qualité.

C’était une évidence de proposer vos concerts à La Cave à Rock ?

Absolument ! Pour la première édition, nous étions à l’Usine à Musique qui est une salle sympathique, mais qui présentait finalement plusieurs contraintes pour nous, dont la distance l’éloignant du centre. Partant de ce constat post-festival, la Cave à Rock était effectivement une évidence autant stratégiquement que par le choix du cœur pour renouveler l’expérience. On y est toujours extrêmement bien reçus, l’ambiance est vraiment sympathique, l’équipe au top. C’est en centre-ville, mais il y a peu de contraintes sonores vis-à-vis des voisins, ce qui en fait l’un des rares lieux où l’on peut encore librement organiser. Le bar dispose, en plus de la salle de concert, d’un espace considérable au rez-de-chaussée que l’on va exploiter pour réellement investir le lieu, décorer, installer diverses animations. Bref, on va tenter d’emporter le public en totale immersion dans la bajarre !

Comment sont repérés les groupes du festival ?

Pour la moitié de la programmation, il y a les groupes faisant partie du collectif. Un quart du line-up est constitué d’autres groupes locaux (cette année, Damantra, Redwolf et CxK). Là, cela peut être des groupes qu’on a rencontré sur les concerts, qui nous ont contacté par mail ou bien que j’ai découvert par mon autre activité bénévole, puisque je suis également responsable de la programmation chez Progrès-Son. Enfin, le dernier quart de la prog est constitué par les groupes de la ville « adverse » (pour cette seconde édition, ÖfÖ AM, Denizen et Lahius). Pour eux, s’ajoute du fait de l’éloignement un part de recherche sur le web.

Tes coups de cœur de cette édition ?

En mettant de côté les groupes TBC, cela en laisse six. Autant dire qu’ils l’ont tous été d’une certaine manière. Mais si je dois en citer un seul, la vraie grosse claque a été l’écoute du titre La Marion de CxK. C’est puissant et original. Marier des riffs bien énervés à un chant en occitan, ça a été une belle surprise. Côté montpelliérain, cela fait déjà un moment que je connais ÖfÖ AM et j’ai toujours beaucoup aimé leur musique. Les gars, à l’écoute de mes idées de programmation, ont beaucoup accroché sur Lahius de leur côté. La nostalgie noise core 90’s d’Unsane s’est réveillée dans leurs petits cœurs.

Petit flash back : c’était comment La première édition du « Bajarre Fest »  ? 

Vraiment cool ! Bon, les résultats de fréquentation et donc financiers se sont avérés d’ordre moyen. Mais l’ambiance était excellente, le public était chaleureux, il avait tout capté de l’esprit et l’ambiance qu’on cherche à faire mûrir sur ces soirées. Ça s’est bien chambré avec Bordeaux sur qui joue le plus vite et le plus fort, mais toujours dans un profond respect et un esprit de camaraderie. On a eu de super retours des groupes et des spectateurs. D’ailleurs, pour ce qui est des groupes, les Seeds of Mary ont organisé la bajarre retour le mois dernier à La Voûte pour laquelle Octarine et MuffDiver ont été invités à jouer face à deux groupes bordelais. Bref, tout a été fait pour qu’on soit plus motivés que jamais pour cette seconde édition.

Questions rituelles chez Opus… Si vous pouviez organiser votre festival rêvé, vous faites jouer qui et où ?

C’est super difficile ! Et surtout, aussitôt ce sera écrit, aussitôt j’aurai pensé à autre chose… Bon j’essaie. Le booker vous dira que si vous me collez mes six poulains du Bajarre Club au milieu de n’importe quel line-up du Werchter Rock Fest de ces cinq dernières années, vous feriez de moi un homme heureux.

Et le spectateur vous répondra qu’il aurait aimé vivre un festival intemporel, puisque certains ne sont plus de ce monde, avec à la fois Led Zeppelin, Motörhead, Foo Fighters, Pearl Jam, Queen, Bruce Springsteen, Jeff Buckley, Leonard Cohen, Johnny Cash, The Doors, Nirvana, QOTSA, The Kinks, The Clash, bref la liste est bien trop longue… et ce, absolument n’importe où tant que l’acoustique est bonne !

Si vous vouliez nous faire découvrir 3 projets, auxquels pensez-vous ?

Encore une question où je peine à répondre. Il y a tellement d’artistes qui méritent la découverte… Je risque d’être un peu à la bourre sur ce premier artiste, car je les ai découvert très tardivement. Sortons un peu du contexte du Bajarre Fest et restons tout de même sur la scène locale en vous parlant de l’énorme coup de cœur que j’ai eu pour Loa Frida. Je conseille vivement ce projet qui se définit comme folktronica et inspiré par des artistes tels que Björk, Kate Bush ou encore Agnes Obel. C’est vraiment de toute beauté.

En second, je reviens sur une musique moins douce, découverte très récente également, d’origine belge. Suite au mail d’un tourneur, j’ai écouté il y a deux semaines environ le titre War de Brutus. La voix de la chanteuse, l’atmosphère du titre, tout m’a pris aux tripes. C’est un savant mélange entre le brutal et l’ambiant, le planant. Depuis, j’ai parcouru leur discographie et je vous conseille de vous y intéresser. Enfin, dans une veine noise post-punk, également belges, les gars d’It It Anita m’ont contacté il y a une paire d’années alors qu’ils souhaitaient venir jouer sur Toulouse. Depuis que j’ai jeté ma première oreille, je n’en ai pas décroché.

Rien qu’à Toulouse, il y a des dizaines de groupes très talentueux, tous styles confondus. Sortez voir les artistes dans les bars-concert et les salles! Souvent les prix sont plus qu’abordables et vous ferez de superbes découvertes. Je ne suis pas le premier à le dire, mais c’est toujours bien de le rappeler. Soutenez votre scène locale.

Merci Fanch ! Et bonne édition

Merci Opus pour cette interview et le relais de notre événement.

Interview par Léa & Clémence
Toutes les informations sur le Facebook du Toulouse Bajarre Fest