« Le projet Fanel, c’est l’idée de réunifier, de croiser et de mélanger plusieurs choses »

Juste après leur concert au Connexion, en première partie de Mina Tandle, on est allé à la rencontre de Fanel, projet pop électro mené par Béra. Rencontre avec ce trio aux influences asiatiques prononcées qui vous invite au voyage le temps d’un concert… Un trio sélectionné pour les auditions des Inouïs du Printemps de Bourges Midi-Pyrénées.

Bonjour Fanel, bonjour Béra. C’était une première pour toi au Connexion ?

Béra : C’était une première au connexion et une première en trio. Jusqu’à maintenant j’ai fait des concerts en duo d’abord, avec Nina Goern de Cats on Trees. Le premier concert qu’on a fait ensemble, c’était au mois de juin 2013, puis après avec Guillaume, l’actuel joueur de piano qui m’accompagne sur la formule duo, et donc Léa sur la formule trio.

Et alors, cette première en trio ?

Léa : Ça va, ce sont plus ses oreilles qui ne sont pas habituées en fait (rires)

Béra : Ça rend le projet beaucoup plus vivant et je pense que ça l’améliore, parce-que ça peut très bien fonctionner à deux et c’est un projet qui est à la base, conçu pour être en partie avec des structures ou outils électroniques et des choses beaucoup plus traditionnelles. Justement on essaye d’avoir ce mélange-là, donc ça peut être très bien pour jouer en duo mais effectivement le « groove », le toucher d’un batteur ou d’une batteuse en l’occurrence, ça donne du relief au morceau. Léa, je ne suis pas allée la chercher pour rien non plus.

Justement tu bosses en équipe. Comment s’est faite cette rencontre avec Léa et Guillaume ?993757_490462111031574_635502687_n

Béra : Avec Léa on se connaît depuis pas mal de temps. La première fois qu’on s’est rencontrées, c’était à une soirée de reprise, une espèce de battle musicale.

Léa : C’est dur de mettre une date dessus, parce on s’est croisées plusieurs fois, on a des amis en commun et après de fil en aiguille… En fait, il y avait eu une soirée spéciale filles, et du coup on a fait un groupe de filles pour l’occasion, avec Nina aussi et d’autres, et c’est là qu’on a travaillé ensemble pour la première fois.

Béra : Ça s’est renouvelé une autre fois, aussi en forme de battle, contre une équipe de garçons, les Progrès Son (association de promotion de la scène alternative toulousaine ndlr) et on a bien aimé travailler ensemble.
La rencontre avec Guillaume, c’est plus lié à moi, parce que ça fait encore plus longtemps qu’on se connaît. Je le connais de mon tout premier groupe que j’avais dans le Gers, parce qu’on est Gersois tous les deux. Un été, on avait deux groupes différents et on a fait un plateau commun ; on a fait une sorte de fusion de groupe en acoustique en faisant des reprises. Du coup on s’est mis à jouer ensemble, ça marchait hyper bien, il y a eu une complicité qui s’est vite instaurée et depuis, on joue souvent ensemble dès qu’on peut. Et donc là ce soir (au Connexion le 4 décembre), c’était une occasion de l’inviter.

 

Et la collaboration avec Nina ?

Béra : Je la connais depuis le lycée, c’est une très très bonne amie à moi et on a eu un groupe ensemble avec Yohan aussi, le batteur de Cats On Trees. Forcément très prise par le groupe, c’est compliqué de jouer ensemble, mais parfois elle a du temps, comme sur cette fameuse battle de filles où elle était là. Avec Nina il y a un amour fraternel, de confiance et aussi dans la musique. On répète une fois un morceau, on se trouve. Il y a quelque chose d’assez fort et j’adore jouer avec elle. Donc quand il y avait l’opportunité de cette date Fanel, la première personne à qui j’ai pensé pour jouer du piano, c’était Nina. J’étais ravie qu’elle ait pu prendre du temps pour ça et on a fait deux dates ensemble. D’ailleurs, c’est peut-être possible que sur une date, on l’invite.

 

Vous pouvez nous expliquer le projet Fanel. Pourquoi ce nom ?

Guillaume : C’est le héros d’un Manga qui s’appelle The Vision of Escaflowne. Un personnage qui a pour destin de réunifier les peuples dans le monde. N’est-ce pas le but de la musique au final, réunifier les peuples ? (rires).

 

Béra : Effectivement, je suis de la génération Manga et je suis fascinée par la culture japonaise en particulier, mais Asiatique en général. Cette façon qu’ils ont, essentiellement au Japon, d’être dans l’hyper modernité avec des puces implantées dans leur corps pour payer leur achats, un côté très high-tech et en même temps, ce mélange avec l’hyper tradition, un grand respect, quelque chose de plus ancestral qu’ils ont réussi à garder. Je trouve ça assez fascinant. Et en fait, Fanel c’est un peu cette idée de mélange. J’ai un manga en particulier que j’adore, qui est donc The Vision of Escaflowne. Le personnage principal s’appelle Van Fanel et il a pour mission de réunifier les peuples qui se déchirent sur sa planète, c’est un peu le Messie. Cette idée de réunifier, de croiser plusieurs choses c’est un peu l’idée du projet Fanel.

 

Un concert en Asie avec Fanel, tu l’envisages ?

1891088_603103419767442_399694294_nBéra : Oh bah tu penses ! Une tournée même !! (rires). On est tous hyper fans du Japon en plus et évidemment que si on peut avoir une occasion, je sauterais dessus. Et je réfléchis effectivement à long terme, à faire des échanges avec peut-être des joueurs de Taïko japonais, je ne sais pas, pour faire des dates en France avec des artistes, partir là-bas… Un échange culturel en plus ça serait tellement riche ! Ça c’est le projet un peu à long terme et je ne le lâche pas ! (rires)

Depuis quand le projet existe ?

Béra : Alors dans ma tête, depuis quelques années. En vrai, on va dire 2013. Le concert de juin 2013 m’a boostée. En fait, c’est Jerkov qui m’a appelée en me disant « bon, dans 3 mois tu fais un concert c’est bon ? ». Du coup j’ai accepté et ça m’a vraiment boostée à mettre en forme la version de scène et de travailler les sons, tout ce que j’avais fait dans ma chambre avec notamment, Baptiste Bouchard, qui jouait avec moi dans un autre groupe (Aeria Microcosme) que j’avais avant avec Nina et Yoann de Cats On Trees. Avec Baptiste, on a bossé et on a lancé Fanel en 2013, ça fait un an et demi.

 

D’ailleurs, tu fais également partie du groupe Rufus Bellefleur, qui mêle plusieurs univers (métal, contry/folk, hip-hop). Là, avec Fanel, c’est un tout autre style, plus en douceur. Comment tu jongles entre les deux ?

Béra : J’écoute beaucoup de choses différentes, donc forcément je me reconnais aussi bien dans un projet comme Rufus Bellefleur avec des sons beaucoup plus country, hip-hop, métal presque. Après j’affectionne aussi la pop ambiante, des choses plus sensibles. C’est lié à ma voix je pense et à comment je l’utilise. Mais voilà, j’aime plein de trucs donc du coup c’est facile de passer d’un truc à l’autre. Et puis c’est même plaisant ! Parce que faire toujours le même style au final, on peut se lasser, que là j’ai un plaisir immense à passer de l’un à l’autre.

 

Dans ton travail de composition, comment arrivent les arrangements par dessus la mélodie ? T’as des idées en tête, tu fais des tests ?

Béra : Je compose seule sur ce projet. Je m’enregistre, j’ai un logiciel pour, et ça part parfois d’une ligne de chant. Je me mets à chanter sous la douche et je me dis « tiens, c’est pas mal ça » et puis vite, j’enregistre cette ligne de chant. Après j’essaye de trouver ce que ça peut raconter donc je rajoute le piano, car ce projet vient aussi essentiellement du piano. Je compose beaucoup à partir de cet instrument là. Et ensuite, viennent les arrangements, les percussions, la batterie, quand j’arrive à trouver des lignes directrices avec la batterie. Des fois c’est un peu compliqué parce ce que je ne joue pas de cet instrument.

 

Léa : Mais justement c’est ça que je trouve bien. Pour les gens qui ne sont pas batteurs ou percussionnistes, il faut chercher des idées. Ils n’ont pas ce formatage, cet apprentissage de la batterie, et ce sont des idées qui sont vachement bien et c’est ça qui me plaît. T’inquiète pas, c’est très cool ce que tu fais (rires).

 

Béra : Bon bah je vais continuer alors. Et la dernière couche, c’est que je fais tout ça avec mes pauvres connaissances en son, ça reste de la pré-prod du coup, mais je passe tout ça à la moulinette avec Baptiste, qui malheureusement est parti au Canada, donc ça complique un peu les choses. Là si tout va bien je vais travailler avec une autre personne qui est à Bordeaux actuellement et je ne manquerai pas de donner des infos très bientôt !

Tu es multi-instrumentiste avec des instruments traditionnels (sruti box, milton drum, gong, tambour, etc.). Où as-tu appris à jouer de tous ces instruments peu communs?

Béra : Honnêtement, ce sont des instruments qui sont pas très compliqués à maîtriser mais c’est ça que j’aime bien justement, le côté spontané de ces instruments. On peut en jouer et chanter en même temps, ça n’encombre pas le médium de chant qui est le mien en fait. Parce que clairement, je voulais être disponible dans ce projet là pour chanter et je ne voulais pas m’encombrer avec des instruments trop complexes. Et en même temps, j’aime bien le côté petite percu, qu’on peut prendre ou laisser, c’est décoratif, c’est jolie (rires).

 

Quel est le prochain que tu vas apprivoiser ?

Béra : Il y en a un qui est présent dans l’EP, qu’on entend très bien et qui s’appelle le milton drum. Il n’est pas très traditionnel mais assez intéressant. Ça ressemble à des petits sons de gouttes d’eau, c’est le cousin du hang (instrument de musique acoustique ndlr) en fait. Il a une sonorité assez douce sur plusieurs morceaux où il est en train de faire son apparition et là je pense qu’on va le faire apparaître sur scène bientôt.

 

Le premier EP The Mirror est sorti le 21 avril 2014. Comment se porte le projet depuis ?

Béra : Il est pour le moment très autoproduit, pas distribué, mais dispo en ligne et sur les plates-formes numériques. Il se vend gentiment en concert aussi. En tout cas il me sert bien aussi à démarcher les professionnels, parce que c’était aussi l’objet de ce premier EP. Comme tout projet qui démarre, c’est d’aller trouver les professionnels qui peuvent vous aider à avancer. Et là en l’occurrence, on a une salle à Castres qui s’appelle Lo Bolegason, qui nous accompagne sur la scène et sur le développement du projet. Donc voilà, on est en train de travailler là dessus.

 

Tu as fais une reprise d’Alanis Morissette, Hand in my Pocket ce soir, mais aussi au festival Jazz In Marciac. C’est une artiste que tu aimes, qui t’inspire ?

Béra : J’adore Alanis Morissette ! Je trouve qu’elle a une voix splendide, un timbre incroyable. C’est une artiste que je respecte énormément et qui a fait des choses magnifiques. Je suis très contente de pouvoir chanter un de ces morceaux et en plus, avec une très jolie ligne de chant qui marche très bien avec la sruti box et ce côté un peu irlandais qu’elle peut avoir.

Tu as fait la première partie de Mina Tindle qui joue en ce moment-même. Un artiste pop qui se produit aussi en trio sur scène, avec une voix profonde et qui joue de plusieurs instruments également. C’est quelqu’un dont tu te sens proche musicalement ?

Béra : Je pense oui, qu’on a quand même des univers qui peuvent bien se croiser. Elle fait de la pop et a même un côté spleen. Il y a un peu ça, de la mélancolie dans certains de mes morceaux. Elle propose aussi une pop parfois plus enlevée avec quelques sampling de voix, quelques petites percussions, tout ça. Donc je pense qu’on a quand même des choses en commun oui.

Pour ceux qui ne vous ont pas vu ce soir, Fanel c’est quoi en live ?

Béra : Fanel en live, c’est bien ! (rires). Non mais Fanel en live, c’est une petite parenthèse, c’est-à-dire que c’est un petit moment qu’on a entre nous, où on vient, où on essaie d’amener les gens un peu ailleurs, un petit peu au Japon et d’essayer de les toucher, de les faire penser à autre chose que leur quotidien. Ce n’est pas forcément un projet qui est dansant, mais qui touche peut-être un peu plus l’âme, enfin j’espère, j’essaie en tout cas.

D’autres projets en perspectives ?

Béra : Il y aura une date l’année prochaine en 2015, mais j’invite plutôt les gens à suivre l’actualité de la page Facebook de Fanel. Parce qu’effectivement, il y aura sûrement une date en février dans la région, peut-être une autre en mars sur Montpellier. On va essayer de bouger un peu, voilà mais le mieux c’est de suivre toutes les infos. Pour le moment, la version album n’est pas d’actualité, je pense que l’EP peut encore vivre un peu. Je suis en train de travailler sur de nouveaux morceaux que j’espère, on pourra écouter très bientôt sur cet EP.

Dans un festival idéal, avec qui tu voudrais partager l’affiche ?

Béra : Imogen Heap, alors là c’est sûr ! C’est une déesse pour moi et Léa, nous sommes ultra fans (rires). Alanis Morissette évidemment. Bjork, soyons fous ! Avec The Dø aussi, je pense que ça serait pas mal, ça marcherait bien. Puis, avec Nosfell et avec Animal Collective je dirais, pour le côté un peu plus électro perché.

D’ailleurs, la pop electro est de plus en plus au goût du jour, je pense à Chet Faker ou Sylvan Esso qui ont cartonné cette année. Tu as des références en la matière ?

Béra : Je me sens un peu proche de cette musique oui. Bon après je suis encore novice sur certains trucs parce que je ne viens pas de cet univers là, mais j’en écoute de plus en plus et je baigne un peu dans l’électro dans mon boulot.

Si vous aviez 2/3 groupes à nous faire découvrir. Vos coups de cœurs de cette année par exemple.

Léa : Mon gros coup de cœur cette année, que j’écoute tout le temps c’est Daughter, un groupe anglais. L’artiste Islandais Asgéir aussi, que j’ai vu en concert récemment, une claque !

Béra : Je vais en citer un qu’on aime beaucoup avec Guillaume, qui s’appelle Sohn, un artiste avec une voix merveilleuse, qui me fait un peu penser à Jeff Buckley, et qui travaille sur un projet où il manie très bien l’éléctro. C’est vraiment l’album coup de cœur de ces derniers mois.

Guillaume : Et la scène locale ! Parce qu’on fait partie d’un collectif qui s’appelle Marche ou crée en plus, où il y a 4 des groupes locaux : Fanel, Alpaga, Veil et Ainamaty. 4 groupes de Toulouse et du Gers. On collabore ensemble, on fait des plateaux, des scènes.

Béra : Effectivement ces 4 groupes sont super bien, faut pas les rater ! (rires).

On n’y manquera pas ! Merci et à bientôt Fanel !

Caroline