Interview FÜLÜ : « FÜLÜ n’est pas qu’un groupe de musique, mais un spectacle plus large qui a pour but de raconter des histoires et transporter les gens dans un autre univers »

FÜLÜ jouera le 03 décembre 2022 au Metronum, date organisée par le Focus d’Opus, dispositif d’accompagnement imaginé par Opus. On a posé quelques questions à Lilli et Charlie, 2 des 7 membres du phénomène live electrobrass, à une semaine de la très belle date marquante de cette fin d’année 2022 !

Bonjour les FÜLÜ ! Vous faites parties des 3 lauréats du Focus d’Opus. Comment vous décririez votre musique à des gens qui ne vous connaissent pas encore ?

Charlie : Salut OPUS ! On joue de l’electrobrass luxuriante : “electrobrass” c’est un terme technique pour dire qu’on mélange dans notre musique des sons électroniques et des cuivres (brass en anglais), “luxuriante” c’est plus pour décrire le style en tant que tel.

On joue une musique hybride qu’on place à la croisée de plusieurs genres musicaux : le jazz, notamment celui de la nouvelle scène londonienne, les musiques du monde et les musiques électroniques. À cela s’ajoute une dimension narrative issue du spoken word, une technique vocale qui consiste à réciter un texte sans le chanter, simplement en l’interprétant, un peu comme au théâtre. Dans notre univers musical, on parle de contes. Bref c’est riche, d’où le côté luxuriant !

Vous êtes 7 musicien.ne.s, comment est né le projet entre vous ?

Lilli : Avec Charlie on s’est rencontrés au carnaval de Rio de Janerio. On était parti.e.s avec une fanfare franco-italienne (les Kikafessa) et on a passé un mois à jouer avec tous les blocos, des ensembles de cuivres et percussions de là-bas. On a rencontré plein de monde, entre autres le groupe Technobrass, avec qui on a joué au Rex en septembre dernier et qui fait partie de nos grandes inspirations. 

Quand on s’est installés à Toulouse l’automne d’après on a eu envie de monter un groupe qui incarne nos influences et nos vécus : la fanfare, la techno, le jazz, la danse, la fête ! Au conservatoire, à la fac, dans des jams et dans des colocs on a rencontré petit à petit l’équipe actuelle de FÜLÜ, avec qui on a commencé l’aventure.

L’une des particularités de votre projet, ce sont les masques animaux en bois que vous portez sur scène. Comment est sortie cette idée et comment les avez-vous réalisés ?

L : Depuis le début, FÜLÜ n’est pas qu’un groupe de musique, mais un spectacle plus large qui a pour but de raconter des histoires et transporter les gens dans un autre univers. L’idée des masques est venue naturellement avec la construction de notre esthétique, et quand on a rencontré Nicolas Goutmann et ses masques-mandolines on a décidé de travailler avec lui. 

On a voulu incarner des animaux-tötems pour pouvoir leur associer des traits de nos caractères respectifs. Le choix de chaque animal est le fruit de réflexions individuelles et collectives et nous a permis aussi de mieux se connaître au sein du groupe. Dernièrement on a approfondi le travail au cours d’une résidence avec la metteuse en scène Marion Lévêque, pour que chacun et chacune puisse incarner le masque qu’iel a adopté, pour lui donner corps. 

Je vous ai découvert en live lors d’une soirée organisée au Musée des Augustins par Sozinho. C’était une énorme découverte : FÜLÜ c’est avant tout un groupe de live ?

L : Oui, assurément ! C’est dans le live que l’esprit sauvage de FÜLÜ vient visiter les musicien.ne.s et le public pour qu’ielles s’abandonnent ! A la danse, aux rêves, au folies.

Faire un album ? On a envie de faire les choses bien, de prendre le temps de produire un objet phonographique dont on sera tous.tes fier.es, qui nous représentera pendant longtemps, qu’on imprimera en vinyles, qu’on présentera à des radios nationales…

D’ailleurs, jusqu’ici quels sont vos plus beaux souvenirs de concert ?

C : Parmi nos plus beaux souvenirs de concert, il y a déjà les tout premiers. On est né.es en plein dans la marmite covid, c’est-à-dire qu’on a fait nos 1ers live début 2021, et on a donc profité de la soif (l’avidité !) de concerts qu’avaient les publics qu’on croisait ! Les Augustins sont aussi un souvenir très fort : notre 1er gros concert, devant beaucoup de monde, sur une belle scène. C’était la 1ère fois qu’on présentait notre spectacle tel qu’on l’avait travaillé (masques, interactions, textes etc…), et le public a répondu plus que présent. Il y a eu aussi un très beau concert au Taquin (Toulouse, 31), une grande scène et un très très bon accueil au Festival Jazz’illy (Andilly, 17), un concert au Rex de Toulouse avec les copains brésiliens de TechnoBrass en septembre 2022… Bref beaucoup de bons souvenirs !

L : Pour compléter ce que dit Charlie, dans mon ressenti les souvenirs de concerts sont intrinsèquement liés aux aventures que l’on vit avec le FÜLÜ gang sur la route et aux personnes qu’on rencontre en dehors de la scène.  Parmi ceux de cet été, par exemple, j’aimerais citer le “carnaval sauvage” que l’on a improvisé avec plein d’autres musicien.ne.s en jouant toute la nuit dans les rues de Collioure, et qui a finit en grande baignade nocturne. Les copaines dans le public qui commencent à mettre des masques d’animaux sur leurs visages pendant que nous on enlève les nôtres, au Rex. Les chiens, les enfants, les mamies qui montent sur scène pour nous faire des câlins alors qu’on est encore en train de jouer. Le public qui salue en même temps que nous à la fin d’un concert. 

On parle de live, mais est-ce que vous avez en projet l’enregistrement d’un EP ou album ? On veut tout savoir !

C : C’est dans nos projets du moment effectivement ! On veut sortir un album, ça c’est sûr, la question est de savoir quandFaire un album est un long processus et on a envie de faire les choses bien, de prendre le temps de produire un objet phonographique dont on sera toustes fier.es, qui nous représentera pendant longtemps, qu’on imprimera en vinyles, qu’on présentera à des radios nationales… Donc on ne se presse pas. La machine est lancée, mais impossible pour l’instant de dire si ça sera pour 2023 ou 2024.

Outre la musique, il y a aussi quelques mots en italien dans certaines de vos créations. Pourquoi cette langue ?

L : Depuis petite j’ai l’habitude de garder toujours un carnet dans mon sac, qui représente pour moi un espace où raconter, réfléchir, conserver, imaginer. La naissance de FÜLÜ m’a donné envie de partager ces pages à voix haute avec le groupe (et donc avec le public!), pour qu’elles contribuent à nourrir notre univers artistique. Ma langue maternelle est l’italien, donc les textes n’étaient au début du groupe écrits que dans cette langue. Avec le temps passé en France ( la maîtrise du langage s’améliore) et la volonté de rendre plus explicites et compréhensibles mes textes, j’ai commencé à rajouter de plus en plus de français dans les contes de FÜLÜ. Maintenant j’aime beaucoup me servir des deux langues et les mélanger : ça rend la palette des images et des sonorités bien plus large !

Chaque titre de FÜLÜ porte également un mot d’une autre langue : vous pouvez nous en dire plus ?

C : C’est du swahili, une langue de la corne de l’Afrique (Kenya, Rwanda, Somalie etc.) dont est issue notre nom, “fulu”. Fulu en swahili, c’est l’esprit sauvage. C’est un chamane pyrénéen qui nous a donné ce nom en 2019 au cours de notre première résidence. Il avait eu une révélation et nous l’a partagée autour d’un calumet. C’est donc pour faire écho à notre nom qu’on a donné des noms swahilis à nos premiers morceaux. Et on les présente à l’écrit de la forme suivante : NOM SWAHILI | traduction française (par exemple MCHANGA | sable).

Le dernier clip FÜLÜ vous a demandé énormément de travail : vous nous racontez ?

C : Le clip MCHANGA | sable c’est le fruit d’une collaboration entre FÜLÜ et la graphiste et motion designer Mona Costa. L’idée première de ce clip c’est de donner vie en images à l’univers de FÜLÜ. On a toujours eu la volonté d’avoir une identité visuelle forte et c’est pour ça qu’on travaille depuis la création du groupe avec Mona. L’idée c’est de mêler les disciplines artistiques, et c’est dans cette continuité que se situe le projet d’un clip en images animées. Ça a été un projet de longue haleine : depuis la première évocation d’un clip d’animation en mars 2021 à sa sortie en novembre 2022, 16 mois se sont écoulés !

Le plus long aura certainement été la rédaction du scénario qu’on a pensé, Lilli et moi, avec Mona. Pour ce faire, on s’est énormément appuyé.es sur le conte du morceau en y mêlant les ambiances de désert évoquées par la composition. S’en est suivie la conception du storyboard pour laquelle Nicolas Goutmann, le concepteur de nos masques-tötems, s’est joint à nous. En parallèle, Mona imaginait l’univers graphique du clip (palette de couleurs, paysages, personnages etc.) qu’on validait progressivement, et c’est finalement en janvier 2022 que la graphiste a attaqué la réalisation. Le clip est sorti sur YouTube le 18 novembre 2022 et on a eu jusque-là des très bons retours, du public et des professionnels. Ce qui nous laisse penser que ce ne sera pas notre dernier clip en images animées…

On arrive à la fin de l’accompagnement Focus d’Opus. Que retenez-vous de ce dispositif ?

C & L : C’est un dispositif porté par des acteurs de la presse musicale toulousaine, et ça se sent car on aura tiré de cette année d’accompagnement d’excellents outils de communication. La session photo avec Rémy a déjà porté ses fruits dans le sens où les photos publiées ont eu un très bon accueil du public, et le clip live session, tourné en partenariat avec Bibam Production et le studio Sphère Capitole, promet lui aussi de belles choses !

Au-delà de l’apport matériel, on a ressenti tout au long de l’année un véritable soutien humain, une présence attentive à nos besoins et une écoute de chaque projet musical à son stade de développement. Rémy, l’équipe d’OPUS et les partenaires du dispositif se sont montrés présents pour répondre à nos questions et nous orienter dans le développement professionnel de notre groupe. Sans compter qu’on a tissé des liens forts avec les deux autres projets lauréats, L’Iddé et Mélanie Lesage !

Les salles mises à disposition des groupes pour les répétitions (par Sozinho et les studios de répétition du Metronum, même si on n’a pas pu profiter de ces derniers) ont été aussi très utiles. Et puis, la cerise sur le gâteau : le Metronum, rien que ça !! C’est notre première fois dans cette salle emblématique de la ville rose, et on est très heureux.ses de finir l’année sur cette belle note… Sans compter que c’est un sacré plus de pouvoir l’ajouter à notre “CV” de groupe !

On en vient aux questions rituelles chez Opus : si vous pouviez organiser votre festival idéal, il se passe où, vous faites jouer qui ?

L : Mmmm question très difficile, j’aurais envie de tout mettre et que ça dure une année entière ! Ce serait sûrement un mix entre Imaginaria (petit festival perdu dans les montagnes italiennes), Samba Al Pais (moyen festival au bord de la rivière à St-Antonin-Noble-Val) et le(s) carnaval(s) (de Rio, de la Verrerie, de Marseille…). Il y aurait plusieurs scènes, des spectacles, de l’itinérance, des déguisements, des jams, des baignades à la rivière, des chapiteaux de cirque, un roi carnavale à brûler à la fin du festival. Pas d’horaires de fin de festivité la nuit, bien sûr.

Et les groupes à inviter… Je peux en citer juste quelques-uns?  Electric Vochuila, Surnatural Orchestra, La Femme en Rouge, Bruital, l’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp, Fulu Miziki, Iosonouncane, Lucie Antunes… Bon je m’arrête là..ça y est j’ai trop envie que ça s’organise !!

C : Et est-ce qu’il pourra y avoir une fontaine de caïpirinha au bar ? (rires)

Et enfin, vous savez qu’Opus aime les découvertes musicales : quels sont les 3 projets que vous aimeriez faire écouter à nos lecteurs ?

C : Un tout jeune groupe que j’ai découvert à Toulouse ces dernières années (grâce à Lilli d’ailleurs) qui, selon moi, promet de très belles choses, c’est terestesa. Je trouve qu’ielles méritent vraiment d’être découvert.es par le public toulousain parce que la musique qu’ielles proposent est bien faite, bien écrite, bien produite et joliment interprétée. C’est frais et ça fait du bien aux oreilles !

Back & Forth, un trio de folk originaire du Berry. Je ne suis pas du tout folk à la base, mais là c’est tellement joli… Les harmonies vocales sont un régal pour les oreilles, et je trouve que le groupe dégage quelque chose de beau, simplement, sans trop en faire. Simple, joli et efficace.

Et il y a un tout jeune groupe de la scène jazz toulousaine qui, je trouve, mérite aussi d’être suivi, c’est Ocre : ielles sont encore jeunes, ça se sent parfois dans leur engagement scénique, mais les compos sont bien écrites et je pense vraiment que ça promet. Ielles ont sorti un EP disponible sur les plateformes de streaming, allez écouter !

L : Edda Bel Abysse : projet solo de Lila Gion (ancienne chanteuse du groupe toulousain Ad Libidom). C’est de la pop douce et décalée avec des textes incroyablement bien écrits et des prod minutieusement soignées.

Rotofil Khonaar : duo de batterie-basse bien énervé ! Ça part en noise, punk, drum’n’bass, à plein d’autres endroits et ça rend fou!

Javotte : c’est le tout nouveau projet de choro, jazz et autre de la flûtiste Lucie Jahier, avec de super musicien.ne.s à ses côtés. Ça vient de sortir, mais ça promet de belles surprises !

Merci à tous les deux ! On se retrouve le 03 décembre au Metronum donc ! 

Interview par Rémy