« Dans Dona Confuse, on n’a pas vraiment de limites… C’est dans notre ADN »

Quelques jours avant la sortie digitale de leur nouveau disque, Beyond the cosmos cover, on a rencontré Vincent et Romain, les deux tiers de Dona Confuse, groupe qui joue sur la scène toulousaine depuis plus de 10 ans. L’occasion d’en savoir un peu plus sur ce troisième opus (en écoute à la fin de l’article) et sur les changements de Dona Confuse…

Bonjour les Dona Confuse.  Vous avez une belle actualité, avec un troisième album, Beyond the cosmos cover, avec un paysage musical assez atypique que vous décrivez entre forêt primaire et cosmos…

Vincent : Sur chaque album de Dona nous sommes curieux de plein de choses. Nous faisons de la musique avant tout pour s’enrichir ! Pour cet EP, nous avons travaillé sur des thématiques comme l’espace, la forêt primaire, le cosmos à travers des sources d’inspiration comme des documentaires, films SF ou le quotidien.

Romain : C’est aussi par rapport au style musical que nous avons abordé sur cet EP : un aspect plus cosmique avec les synthétiseurs. Une approche sonore, une immédiateté dans les rythmiques avec des influences africaines… Donc la forêt primaire pour rappeler cet aspect tribal et l’aspect cosmique via les synthés ! Plus un voyage comme ça !

Justement, tu parles d’un son tribal, sur cet EP le son l’est encore plus que sur vos précédents disques !

Romain : Ah oui c’est une toute autre approche ! Au niveau des tempos, ça tourne constamment entre 130 et 150 bpm. Sur les précédents albums nous étions plutôt aux alentours de 80, 90, voire 70 (rires) : c’était des morceaux posés, une musique aérienne et contemplative. Pour cet EP, Mathieu a fait un gros travail de recherche au niveau rythmique et s’est nourri de rythmes percussifs africains, cubains d’où ce son plus « tribal ».

Ce qu’on aime particulièrement chez Dona, c’est la façon de travailler des concepts albums, comme Broken Silver Cigarette In Tristan Da Cunha… On retrouve un concept particulier encore pour Beyond the cosmos cover ?

Romain : Là t’abordes LE truc, l’initiation de l’album c’est ça. Si on remet les choses dans l’ordre nous avons d’abord composé ces morceaux pour un set live. Ce n’est que dans un deuxième temps que nous avons décidé de figer tout ça et tirer certains morceaux pour l’EP. On retrouve ainsi cette spontanéité par l’approche live !

Vincent : Et tout ça, dans un concept que nous avions appelé pour le live Elements of Cosmogony. La cosmogonie fait référence aux mythes de la création du monde dans différentes civilisations. Dans l’écriture des textes et des morceaux, le côté primaire et le côté cosmos nous ont nourris pour aller plus dans la recherche des sons et de l’unité.

On a une sortie digitale le 3 décembre : une sortie physique de prévue aussi ?

Romain : Notre souhait le plus cher serait de faire une sortie vinyle, mais la conjoncture ne nous permet pas de le faire pour l’instant. Si nous avons une demande assez importante, ça devrait être envisageable.dc_btcc

Vincent : Nous avons voulu être efficace sur toutes les étapes du projet! Nous avons souvent perdu du temps dans plein de choses! Cette fois-ci, nous avons voulu être rationnel, d’où la sortie en autoproduction sur Believe digital. Au moins, on sait où on va et c’est rassurant.

Romain : Ce qui est important pour nous c’est de garder la main le plus possible sur l’ensemble de la chaîne de production. Nous sommes donc partis sur cette base de compositions du set live, pour arriver sur une version plus aboutie pour l’EP. Nous avons mixé nous même et nous avons délégué le mastering uniquement. Pour cette dernière étape, nous sommes passés par le studio en ligne online-sound.fr

Le mastering avec quelqu’un à distance ça change beaucoup de choses ?

Romain : Effectivement, par rapport à un studio de mastering classique, il y a une certaine souplesse dans les échanges et les retouches. Surtout il est possible d’écouter les masters à n’importe quel moment, avec son propre système son sur lequel nos oreilles sont « formatées ». Pour garder l’esprit de l’EP, on est allé à l’efficace.

Le 3 décembre est une date assez importante, outre la sortie digitale vous faites aussi une release party au Wild Rose.

Vincent : Oui, l’occasion de boire un coup avec l’entourage, les potes, une écoute dans un lieu qu’on affectionne.

Romain : Pour fêter une sortie comme on fêterait un anniversaire (rires).

Le 3 est LE chiffre important : 3 décembre, 3e album et plus que 3 musiciens dans Dona

Vincent : (rires) J’avais pas du tout réalisé ! C’est peut-être le chiffre à garder ouais !

Ça change quoi de passer de 5 à 3 pour vous ?

Vincent : C’est des souvenirs qui partent, positifs… mais ça fait partie des aléas d’une formation musicale, là on va plus à l’essentiel, c’est plus direct, plus léger.

Romain : Après dans un groupe plus tu es nombreux plus c’est difficile de prendre des décisions, surtout avec un système comme le nôtre où tu n’as pas de leader, c’est un système démocratique ou tout se fait à l’unanimité ou à la majorité.

Si on revient un peu sur votre passé, presque 10 ans que vous jouez. C’est quoi LE souvenir qui ressortirait ?

Romain : Pour moi c’est une globalité, plutôt l’expérience dans sa totalité, l’aventure humaine, tu as des choses fortes qui se font !

Sinon un concert en particulier ?

Romain : La date à la Halle aux Grains peut-être pour Toulouse d’été ? Ça, c’était fort ! À cause du lieu, de plein de choses ! Mais je crois que le souvenir le plus marquant reste pour moi notre expérience de ciné concert, ça, c’était top !

Un ciné concert pour lequel vous avez composé. Ça a changé quoi pour vous de travailler sur des images existantes ? Ou peut-être qu’avec vos concepts albums vous travaillez déjà avec des images existantes ?

Romain : C’est un peu différent… Quand on compose effectivement il y a forcément des images qui viennent, mais c’est du spontané! Là, le ciné-concert c’était une œuvre d’Esteban Sapir, Telepolis, le film nous plaisait de par l’esthétique déjà! Beaucoup de références à Métropolis… Un film assez récent à l’époque, le réalisateur a tout fait avec des trucages à l’ancienne! Ça donne une esthétique très spéciale au film. C’était un film muet, un seul personnage avait la voix, un personnage protecteur. Au niveau composition, quand t’as autant de matière…

Vincent : Tu as juste à surfer dessus !

Romain : Tu suis l’inspiration, tu as une ligne directrice et tu brodes autour !

Vincent : Tu as pas à te prendra la tête en fait, tu prends ton instrument et ça vient de suite et le film te portes vraiment ! Il dure 1h30, on a composé ça en 4 ou 5 répétitions.

Vincent : On avait des repères dans le film en cas de problème… On bossait avec des grandes phases en lien avec les images.

Romain : On a un peu refait le story-board avec les principales séquences, en fonction des émotions on partait sur telle ou telle sonorité.

Le ciné-concert c’était en continu, ça vous a donné quelques idées apparemment puisque récemment vous avez aussi créé un concert en continu…

Vincent : Le ciné-concert a été une des clés pour repenser notre équipement et notre façon de voir le live. Nous nous sommes volontairement cloisonnés dans des rôles précis, en se mettant des œillères ça nous a paradoxalement ouvert des portes ! Le ciné-concert nous a amené à faire quelque chose de plus cohérent et dynamique. Là, sur une demi-heure, on voulait être en communion avec le public.

Romain : En fait dans Dona on n’a pas vraiment de limites, on ne se fixe pas un style particulier à une époque donnée. On peut très bien partir demain dans une musique africaine et ne faire que ça. On fonctionne à l’intuition et à la curiosité. C’est dans notre ADN ! C’est pour ça que les gens ont du mal à nous classer, Le nouvel EP est plutôt rock, mais on sent derrière une grosse influence électronique. Si on va d’un côté, on oublie un peu l’autre.

Le public a réagi comment à ce concert non-stop ?

Vincent : Plutôt bien ! On a eu des bons retours.

Romain : En fait, comparé aux précédents sets, tu sens que c’est entrainant, le public se met à danser, c’est plus communicatif ! C’est une dimension qu’on n’avait jamais abordé et qui nous plait énormément… Pour le moment ! Peut-être qu’on finira par faire du violon dans des abbayes un jour (rires).

Vincent : il Faudrait d’abord qu’on apprenne à jouer du violon (rires).

Romain : Oui mais no limits quoi !!! (rires)

On a posé un peu la même question à Matthieu Miégeville récemment : depuis cette dizaine d’années que vous êtes sur la scène toulousaine, vous trouvez qu’elle évolue comment ?

Romain : Je trouve qu’elle a bien évoluée avec son temps. Il y a plein de groupes de très bon niveau, très variés, dans tous les styles ! Tu peux pas dire que Toulouse c’est LA scène métal ou autres quoi.

Vincent : Oui Toulouse c’est LES scènes !

Romain : Électro, reggae, jazz, n’importe quel style en fait, tu as des groupes et qui font du très bon boulot ! Je pense que la scène toulousaine est cosmopolite, extrêmement riche !

Et dans Dona vous avez des side project respectifs ?

Romain : Non moi j’ai pas le temps! Toute mon énergie est consacrée au groupe…

Vincent : oui, j’en ai mais… Tu peux faire de la musique avec d’autres projets, trouver des épanouissements musicaux différents, mais Dona Confuse c’est une empreinte ! J’ai démarré avec ça, c’est le plus important ! Ça fait 10 ans qu’on joue ensemble, pour ceux qui restent et ceux qui n’y sont plus c’est une super aventure musicale, humaine, qui te nourrit tous les jours ! On a grandi avec ça et cette façon de voir et de jouer la musique, c’est parce qu’on la construit ensemble. C’est une émulation entre personnes, concepts, découvertes…

Sur un festival idéal, avec qui vous partagez l’affiche ?

Romain : Je dirais Portishead, Nick Cave !

Vincent : Oui parfait ! Swans ! Beak ! il y en aurait des milliards… Radiohead !

Ça se passerait où ?

Vincent : À Toulouse !

Romain : Nah à Pompéi ! (rires)

Et pour finir, quels seraient les groupes que vous aimeriez nous faire découvrir ?

Vincent : Cette année ma grosse claque c’est le dernier Swans : un groupe des années 80′, très tribal, avec des incantations… Mais après comme pour le festival il y en a des milliards !

Romain : Alors un groupe que je kiffe vraiment et que je réécoute souvent, c’est Grails. C’est un groupe américain, franchement scéniquement je crois c’est la plus grosse claque que j’ai prise ! Un petit peu psyché. À écouter en digital ou vinyle… C’est instrumental, vraiment extra !

Merci Dona Confuse et on a hâte de voir grandir Beyond the cosmos cover ! On se donne rendez-vous le jeudi 15 janvier au Cri de la Mouette avec Katcross et The Pictures !

Rémy