Tous nos articles dans Interviews

From Play To Rec : « Offrir au public, une expérience plus immersive »

Un concert au casque dans les conditions du studio : avouez que l’idée est originale ! C’est le concept développé par From Play To Rec. On est allé à la rencontre de Jeremy Dunne son créateur pour en savoir un peu plus sur ce concept, avant son prochain rendez-vous le samedi 7 décembre avec Renarde !

Bonjour Jeremy ! Tu es le créateur de From Play To Rec : peux-tu nous expliquer le concept ? 

Bonjour ! Oui tout à fait, l’idée a commencé sous la forme d’une série documentaire. Dans chaque épisode je pars à la rencontre d’un nouvel artiste / groupe et lui propose de le suivre à travers la composition et l’enregistrement d’une chanson. J’ai initié ce projet avec l’ambition de répondre deux questions qui personnellement me fascinent et à auxquelles je n’avais jamais entendu de réponse concrète. A savoir : Comment les musiciens composent, comment ils échangent leurs idées, et dans quel état d’esprit sont-il lorsqu’il collaborent, qu’est-ce qui les inspire. Ce projet me permet également de travailler avec de nouveaux artistes tous très différents et d’expérimenter de nouvelles choses en production et réalisation musicale.

Plus que ce documentaire, tu organises aussi des Open Studio Sessions : comment ça s’organise ?

Exactement ! Au delà d’une série documentaire, j’avais envie d’offrir au public, une expérience plus immersive en créant des séances d’enregistrement publiques. Tous les mois j’investi un nouveau lieu pour y installer un studio d’enregistrement éphémère – j’invite un groupe ou artiste à venir enregistrer quelques titres en live et je mets une centaine de casque à disposition du public qui peut venir assister à cette séance de travail. Ces événements à la frontière entre la scène et le studio permettent de favoriser la rencontre entre créateurs et spectateurs.

Tu cherches à chaque fois des lieux différents ? 

C’est un projet qui est vraiment itinérant donc j’essaie de proposer différents lieux selon les artistes mais il arrive qu’on revienne dans certains lieux. Notamment au Studio 809 à Toulouse qui m’a demandé d’organiser plusieurs séances dans ses locaux. C’est un studio professionnel avec un parc matériel vraiment impressionnant, le genre de lieux qu’on a très peu l’occasion de voir si on est pas musicien. La capacité du studio est plus petite que les autres lieux dans lesquels j’organise ces événements, c’était donc très intéressant pour moi de pouvoir proposer plusieurs séances au public dans ce lieu.

Pendant les Open Studio Sessions, les artistes et le public partagent le même espace, les musiciens sont placés de part et d’autre de la pièce et le public est assis un peu partout autour

Ces Open Studio Sessions ne font jouer que des groupes locaux ?

Le projet étant né à Toulouse, il a commencé autour de groupes locaux mais j’ai de suite voulu l’ouvrir à d’autres artistes, notamment Oré, une artiste Pop – Hip Hop que j’adore et avec qui j’organise une session à La Bellevilloise (Paris) début 2020 !

La prochaine session se passe le 7 décembre avec Renarde. Comment ça se passe concrètement un concert au casque ? Comment réagit le public ? Est-ce qu’on entend aussi les musiciens où ils sont dans des box ? Dis nous tout !  

La prochaine c’est en effet avec Renarde que nous allons la faire. Cette fois-ci au Mama Shelter de Toulouse ! En plus c’est une session un peu particulière puisque l’artiste sort un nouveau clip qui sera projeté en avant première dans le cinéma du Mama Shelter !

Typiquement pendant les Open Studio Sessions, les artistes et le public partagent le même espace. C’est à dire qu’il n’y a pas de scène, les musiciens sont placés de part et d’autre de la pièce et le public est assis un peu partout autour. Les musiciens sont placé de cette manière afin d’isoler un maximum le son de chaque instrument. L’idée c’est vraiment de recréer un environnement d’enregistrement professionnel dans un cadre insolite et agréable pour tout le monde. Personne n’est enfermé dans un box, si on enlève le casque on entend certains éléments mais pas tout. C’est à dire qu’on entendra la batterie qui est un instrument bruyant mais pas le chant, ni les amplis guitares qui sont isolé dans un coin de la pièce.

Quelles sont tes envies avec ces sessions studio et avec le documentaire ?

Je souhaite vraiment ouvrir le projet à différents styles de musique, tant pour la série documentaire que pour les Open Studio Sessions. Mon idée c’est aussi de mêler des artistes de notoriétés différentes afin que selon les vidéos les gens puissent se plonger dans les coulisses des artistes qu’ils écoutent mais aussi piquer leur curiosité en proposant des artistes en développement.

Si tu pouvais réaliser le docu et les sessions avec les artistes de tes rêves, on entendrait qui ?

C’est typiquement le genre de question que je me pose tous les jours et à laquelle je n’ai jamais de réponse définitive ! J’ai fait une sélection d’artistes pour ces deux projets et ça a été très difficile de choisir. Je ne peux pas encore dévoiler cette sélection en plus.

Et enfin question rituelle, quels sont les deux ou trois projets que tu aimerais nous faire découvrir ? 

En ce moment j’écoute énormément Black Sea Dahu et This Is The Kit, si vous ne connaissez pas je vous les conseille vivement, c’est vraiment super ! Other Lives est aussi un groupe que j’écoute souvent. Dans un autre style musical, j’ai eu l’occasion de voir le groupe Birds in Row en concert qui est génial !

Pour les curieux de musique en général, je conseille de la série documentaire Shaking Through, c’est une mine d’or pour découvrir de nouveaux artistes.

Pour finir dans un registre plus local, Renarde est un artiste que j’apprécie beaucoup et qu’il faut suivre de près !

Merci Jeremy ! On a hâte de découvrir le concert du 7 décembre au Mama Shelter avec Renarde !

 

Bercé : « Aujourd’hui je sais ce que je veux dire et comment je veux le dire »

On a découvert Bercé au printemps dernier avec le titre J’ai plus mais j’ai eu et on a de suite accroché à ce garçon mélancolique qui bichonne ses chansons sur fond d’électro. Depuis on suit de près son actualité, la sortie de son premier clip mais aussi le lancement de sa campagne de financement participatif afin de lancer la production de son premier EP. L’occasion d’en savoir un peu plus sur l’artiste :

Sous ton bonnet à pompom, qui es-tu Clément ?

Un gars plutôt normal à vrai dire, je vis en coloc’ à Toulouse et je fais un peu les même trucs que font les gens de mon âge : sortir, faire du sport, voir mes amis, faire du vélo …
Le bonnet c’est celui de Stan dans South Park, j’ai toujours regardé cette série. Quand j’ai fait le choix de me lancer dans la musique il y a quelques années, ça été une période difficile et j’me souviens avoir eu froid. Mais pas qu’un froid physique tu vois, tout était plus ou moins inconfortable et pour me réconforter je mettais mon bonnet… c’est resté.

Tu as commencé la musique il y a 15 ans, quelles ont été tes inspirations ?

Quand j’étais gamin je voulais absolument ressembler aux mecs de Sum 41 ou Blink 182, ça a bien changé depuis mais j’écoute toujours héhé!

Qui sont les personnes qui t’entourent et quelles places ont-elles dans ton projet ?

Il y a Nico avec qui je retravaille les chansons et qui développe le projet avec moi, il y a Romain qui est un très bon ami et qui me soutient beaucoup, Greg qui a fait la pochette… Et plein d’autres, la liste est longue. De manière générale, je suis assez attentif aux retours de mes amis sur ma musique.

Chez Opus, on aime la découverte d’acteurs culturels locaux. Parle-nous de ton studio l’Union des Arts ? Pourquoi ton choix s’est porté vers ce lieu ?

J’ai découvert l’Union des Arts grâce aux Colibris à Toulouse : un soir j’ai raconté mon histoire et du fait que j’avais besoin d’un endroit pour travailler mes chansons. Quelqu’un est venu me voir en fin de soirée : tiens essaye cette adresse… Et depuis je me tape l’Avenue de la Gloire tout les matins en vélo ! (rires)

Qu’est-ce qui t’a finalement décidé à lancer ton projet d’EP sur Ulule ?

Il m’a fallu un moment pour trouver un registre dans lequel je me sente bien, au début t’as tendance à copier les trucs que t’aimes. Aujourd’hui je sais ce que je veux dire et comment je veux le dire ! Je raconte tout ça dans ma vidéo de présentation.

Une fois l’objectif atteint, quel est le planning des prochains mois ?

Déja dans l’immédiat il faut accompagner la sortie de Molécule ! Les retours sont bons, la chanson et le clip touchent les gens, et le titre est entré sur deux playlists officielles Deezer (Actu Chanson et Vague à l’âme aux côtés de Foé, Christine and the Queens, Odezenne, Angèle… ), ce qui est plutôt bon signe.
Puis en janvier si tout se passe bien : sortie de l’E.P ! Et en même temps je prépare le set live et je recherche aussi un ou une attaché·e de presse ou un label pour préparer la sortie ! C’est pour ça que je dis si tout se passe bien…

On en vient aux deux questions rituelles Opus. Si tu pouvais imaginer ton festival idéal, il se passe où et tu fais jouer qui ?

Chez moi au calme avec les copains. Bon Iver en première partie, Damon albarn en seconde et Hanz Zimmer avec le philharmonique dans mon salon… Bim !
Voilà j’ai pas trop répondu à ton idée de festival mais c’est un début !

Enfin, quels sont les 2 ou 3 projets musicaux que tu aimerais nous faire découvrir ?

Alors ISSAM et son titre Caviar, pour le son l’image, la mélancolie, le Maroc.
Dreyma d’Askja pour le «froid» dont je parlais tout à l’heure.
Et enfin Disiz La Peste : L.U.T.T.E, qu’est ce que j’lai écoutée celle là…

Propos recueillis par Vanessa
Soutenir Bercé sur Ulule

Jim’s Prophecy : « Cela faisait un petit moment que je pensais au financement participatif, sans oser »

Il y a 6 mois est apparu sur le parking du tiers-lieu Le Multiple (qui rassemble Les Imaginations Fertiles, Artilect, assos, artistes, artisans…) un bus store dédié aux musiques électroniques appelé Jim’s Prophecy. À la tête de ce projet Thierry Genibre, qui travaillait à l’ouverture de ce lieu insolite depuis déjà 3 ans. 

Lors de l’ouverture en avril, tu t’es attiré les regards de beaucoup médias y compris la presse spécialisée nationale. Au moment de son premier demi anniversaire où en est l’activité de ce jeune concept toulousain ?

Même si je reste en phase de lancement d’activité (avec des hauts et des bas au niveau de la fréquentation), petit à petit je commence à avoir une clientèle régulière avec qui je prends un plaisir énorme à échanger autour de la musique… Après j’en suis bien conscient, constituer une clientèle fidèle et régulière ne se fera pas en quelque mois. Il faut être patient… et surtout rester motivé. Mais le fait de voir fréquemment de « nouvelles têtes » arriver au bus m’aide à garder le cap !
J’organise quasiment chaque samedis des events au shop, ça me fait super plaisir de voir les gens passer un moment sympa dans ce bus où j’ai tant travaillé. Sinon pas mal de projets sur le feu, avec, notamment, le lancement très bientôt d’une série de podcasts.

Peux-tu nous en dire plus sur le lancement de podcasts ?

Ces podcasts seront sur la thématique des musiques électroniques au sens large : house, techno, electro… musiques plus expérimentales.

Pourquoi solliciter le public aujourd’hui via Leetchi ? L’objectif de 3000€ représente quoi pour l’activité ?

J’ai dû faire les travaux d’aménagement du bus seul. Je m’étais fixé 6 mois max, mais même en travaillant 7j/7 ça m’a pris 16 mois ! Et forcément les charges mensuelles (loyer, assurance…) que je payais aussi pendant la durée de ces travaux ont directement impacté le budget initialement prévu pour le fond de roulement de l’entreprise. Or je suis toujours en phase de lancement de mon activité et c’est bien connu il faut de la trésorerie, surtout quand on commence. De plus j’ai découvert dernièrement un pneu crevé et ça ce n’était pas prévu… je te laisse imaginer le prix d’un pneu de bus ! Jim’s Prophecy n’est pas directement en danger à ce jour mais ce serait très dangereux de continuer comme ça sans avoir suffisamment de trésorerie. Cela faisait un petit moment que je pensais au financement participatif, je n’osais pas trop puis j’ai fini par me dire : « t’as pas trimé comme un bagnard dans ton bus pendant un an et demi pour rien, quand faut y aller faut y aller ! »

Est-ce que tu songes à faire bouger le bus ? 

Le tiers-lieu qui m’héberge va bientôt disparaître car vendu pour un projet immobilier donc par la force des choses je vais devoir bouger et m’installer sur un nouvel emplacement. J’ai semé quelques graines et des pistes sont en cours mais rien n’est fait. Je recherche donc activement ! À bon entendeur 😉

Parle-nous des sessions mix que tu organises le samedi ?

J’en organise quasi tous les samedis et bien entendu c’est gratuit. J’y reçois avec grand plaisir les acteurs de la scène locale : DJ sets, lives… et le tout est diffusé en direct sur ma page Facebook. Ce sont des moments super sympas où les gens échangent en toute simplicité autour d’une bière ou d’un café. Je tiens vraiment à ce que le shop ne soit pas juste un commerce (et je ne dis pas ça de manière péjorative) mais aussi un lieu culturellement vivant.

 

Peux-tu raconter à nos lecteurs qui ne la connaitrait pas, la fameuse prophétie de Jim ?

Ça vient d’une interview de Jim Morisson il y a 50 ans en arrière, en 1968 plus exactement. On lui demande comment il voit le futur de la musique, il répond alors qu’il imagine beaucoup plus la présence de l’électronique dans la production et imagine une personne sur scène entourée de machines, bandes magnétiques.. en train de chanter ou simplement parler. On peut dire que ce mec était un visionnaire…

Nous avons deux questions rituelles chez Opus, si tu pouvais imaginer ton festival idéal, il se passe où et tu fais jouer qui ?

Il se passerait à Toulouse bien entendu ! Pourquoi pas au jardin Raymond VI, Les siestes électroniques s’y déroulaient avant et je trouvais le lieu génial..

Je commencerais en fin d’après-midi avec un petit live ambient de Brian Eno (en toute simplicité…), suivi d’un live du Moritz Von Oswald Trio puis un petit live du trop rare Larry Heard (précurseur de House à Chicago), un petit peu d’electro avec Dopplereffekt (Detroit) et je finirais avec un dj set de Theo Parrish. Voilà rien que ça !

Enfin, quels sont les 2 ou 3 projets musicaux que tu aimerais nous faire découvrir ?

J’ai récemment découvert l’album Synthònia de l’italien Dyno sorti l’an dernier sur l’excellent label Mondo Groove. Un album planant et hypnotique plutôt ambient/expérimental dans lequel la TB -303 est très présente. Je le trouve très intense.

Dans un autre registre je conseillerais le dernier album du canadien DEADBEAT, Waking Life, sorti en avril sur son label BLKRTZ. J’adore le travail de cet artiste autant pour ses productions expérimentales que pour son côté dub-techno comme c’est le cas sur cet album.

Vanessa

Retrouvez ici les évènements organisés par Jim’s Prophecy
Pour le soutenir c’est par ici