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Elvire Delagrange : « Le Metronum est et sera le porte-voix des artistes d’aujourd’hui et de demain »

Fraîchement arrivée à la programmation du Metronum, nous avons rencontré Elvire Delagrange pour en savoir un peu plus sur son parcours et sur l’actualité de la salle.

Bonjour Elvire, tu as repris la programmation du Metronum depuis septembre, peux-tu nous expliquer ton parcours ?

La musique m’accompagne depuis longtemps, presque toujours ! Mes parents sont des mélomanes très éclectiques qui m’ont transmis leur passion depuis le plus jeune âge. Puis j’ai commencé à faire de la musique à 12 ans au Collège Jazz de Marciac, j’y ai appris le piano, j’ai monté mon 1er groupe et fait mon 1er concert à partir du même âge. J’ai poursuivi mes études à Toulouse, où j’ai créé un orchestre de salsa, Conga Libre, avec lequel on a l’opportunité de faire de nombreux concerts depuis plus de 10 ans (Festivals Tempo Latino, Jazz in Marciac, Fête de la Musique de Toulouse place du Capitole …). En parallèle j’ai obtenu un master en management culturel et j’ai décidé de mon monter ma propre boîte de production à 23 ans. Note Only, une agence artistique dédiée à la musique, au management de groupes, à l’organisation de concerts et d’événements, pendant plus de 8 ans. Aujourd’hui mon arrivée au Metronum, que je connais depuis sa création et dans lequel j’ai organisé plusieurs concerts, incarne donc le prolongement et l’amplification de mon parcours musical.

Qu’est ce qui t’a motivé à prendre ce poste ?

D’abord parce que : Le Metronum, cette salle exceptionnelle, inspirante et avec un potentiel si grand qu’on ne peut que vouloir participer à son déploiement.
Ensuite parce que : la musique, une de nos ressources la plus enrichissante, que je désire vivre et faire vivre plus intensément et plus largement.
Et enfin parce que : Toulouse, ma ville aux qualités artistiques et musicales nombreuses et diverses, que je souhaite contribuer à mettre en lumière et faire rayonner.

Tu viens du milieu du jazz et des musiques du monde, va-t-on retrouver cette couleur musicale dans les futures programmations ?

Le jazz et les musiques du monde font en effet partie de mon parcours musical et m’accompagnent professionnellement depuis longtemps. Mais ce sont plus encore les valeurs de diversité, de qualité, et d’ouverture de la musique qui m’animent dans mon travail comme dans ma vie. A la faveur de ces vertus musicales, je souhaite donc bien sûr que la programmation du Metronum soit toujours plus diversifiée, équilibrée, exigeante et accessible à la fois, et à l’image de notre monde. Tous les artistes et toutes les créations actuelles ont leur place sur la scène du Metronum, face à tous les publics aussi. Et bien que déjà présents, le jazz et les musiques du monde, n’échappent pas à cette envie de diversité, pour colorer et rythmer encore plus le Metronum !

A quoi ressemble le quotidien d’une programmatrice et comment se construit une programmation ?

Une vie comme tout le monde mais pleine de musique !
Bien sûr la musique rythme une grande partie de mes journées et c’est très exaltant de l’avoir à ses côtés tous les jours comme « collègue » de bureau, mais plus sérieusement cela représente aussi pour moi une grande responsabilité. Celle de se tenir au fait de la création actuelle, des nouveaux talents qui émergent chaque jour, réussir à voir ceux qui sont dans l’ombre sans occulter ceux qui sont en pleine lumière. De proposer au public des groupes qu’ils attendent à Toulouse et d’autres qu’ils ne connaissent pas (encore) et souvent de Toulouse. C’est un équilibre et un défi quotidien passionnant et délicat à la fois. Les sollicitations sont évidemment très nombreuses, qui ne voudrait pas jouer sur une aussi belle scène que le Metronum, j’essaie donc d’être à l’écoute autant que possible, tout en allant chercher ce que l’on n’attend pas, pour sortir des sentiers battus. Donner à voir des choses qui réconfortent, exaltent et chamboulent parfois.

Un programmateur, (une programmatrice en l’occurence) ne programme pas pour lui, mais il doit le faire avec conviction, pour défendre des programmations auxquelles il croit, et qu’il veut partager avec le public, pour vivre ensemble ces moments magiques de concert. C’est en tout cas ce qui anime mon travail et le sens que je veux lui donner.

Mon parcours musical et professionnel m’a permis d’acquérir un certain nombre d’expériences et d’appréhender le monde du spectacle dans son ensemble ; alors quand je programme j’essaie de me munir de toutes ces casquettes pour construire une programmation digne du Metronum et de ses spectateurs.

Grande Salle du Metronum @tbiarneix

Le Metronum va fêter ses 6 ans, comment cette salle s’inscrit-elle dans l’offre de concert à Toulouse et qu’est-ce qu’elle a changé dans ce paysage ?

La salle a offert une réponse forte aux professionnels de la musique avec un équipement de pointe, à la mesure d’une ville comme Toulouse, à la fois exigeant et accessible. En même temps qu’elle a donné à entendre au public toulousain et régional une programmation actuelle de qualité et de découverte. Le Metronum a étoffé et diversifié l’offre musicale, au travers d’une scène ouverte sur le local comme sur le monde. Sa jauge de 600 places et la présence d’une plus petite salle qu’est la MusicBox, sont ainsi la possibilité pour les grandes autant que les petites productions d’organiser des concerts de différents formats, ne fermant donc la porte à personne. En plus de 5 ans, l’activité du Metronum s’est donc intensifiée en synergie avec les dynamiques musicales toulousaines et en insufflant sa propre énergie sur la scène musicale pour le public, les artistes et les professionnels du secteur.

A quoi va ressembler ce 6e anniversaire ?

Ce 6e anniversaire est l’occasion de célébrer le Metronum autrement, avec un nouvel événement qui lui est dédié : Les Tempos du Metronum. Plutôt que de fêter « l’âge » de la salle, l’idée est de lui consacrer un temps spécifique, pour redécouvrir le lieu et sa programmation. Un moment convivial, avec pour l’occasion la présence de jeux d’arcade et rétro, de photomaton ou de foodtrucks dans le patio. Le Metronum se présentera aussi pour l’occasion sous un visage inédit par l’entremise d’un scénographe-vidéaste toulousain. Un temps fort qui met en scène une programmation originale pour aller à la découverte d’artistes aux univers passionnants. Le 31 janvier, la soirée d’ouverture Rock it!  nous plongera dans le rock indé, avec d’abord une carte blanche au multi-artiste Pascal Comelade, musicien, compositeur, peintre, qui a notamment travaillé avec The Limiñanas, et qui dévoilera des œuvres inédites réalisées pour le Metronum, en même temps que ses nouveaux livre et album en avant-première, il mixera en début et fin de soirée. Ensuite place aux groupes dans la Grande Salle, avec en 1ère partie les toulousains I Me Mine qui présenteront leur dernier opus pour la 1ère fois à Toulouse, puis le rock déjanté de Villejuif Underground du label Born Bad Records qui secoue le public français, enfin Motorama tout droit débarqué de Russie nous plongera dans sa brûlante cold wave.

Le lendemain, le 1er février, les femmes s’emparent de la scène du Metronum avec la Girls’ Groove Party! . Les toulousains Tangled Tape lanceront les festivités avec leur nu-soul exaltée, puis ce sera à l’inspirante Sônge de prendre le contrôle des cœurs et des corps; pour finir la charismatique chanteuse Fatima montrera au public toulousain de quel bois se chauffe la scène anglaise actuelle, en l’entraı̂nant dans son envoûtante soul boostée au hip-hop : à ne pas manquer ! Enfin la DJ belge Fatoosan, du collectif hip-hop féminin SupAfly, clôturera cette soirée intense sous l’égide des femmes qui groovent.

Le dernier jour, le 2 février, un dimanche en famille viendra clôturer les Tempos du Metronum dans la fête et la bonne humeur. Une boum géante gratuite avec Doudou Sound System aux platines, où l’on pourra se parer de son plus beau masque réalisé juste avant à l’atelier « Graff ton masque ». Tout un programme de réjouissances pour découvrir ou redécouvrir le Metronum.

Comment vois-tu évoluer le lieu dans les prochaines années ?

Comme je le disais le Metronum a un potentiel incroyable qu’il faut continuer de déployer. Après 5 ans d’existence et une mise en place réussie, Le Metronum franchit aujourd’hui une nouvelle étape décisive que sont ses 5 prochaines années. Je suis donc très investie au sein de la Direction des Musiques de la Ville de Toulouse en faveur de son développement, avec la construction d’un projet d’établissement artistique et culturel ambitieux. Le Metronum en même temps qu’intensifier son action doit répondre à de nombreux enjeux, artistiques, culturels, musicaux bien sûr mais aussi professionnels, territoriaux, et contextuels (le numérique, le développement durable, la place des femmes, …). Autant de réflexions auxquelles toute l’équipe se saisit pour positionner le Metronum comme une scène phare, ouverte aux artistes, aux professionnels, au public, sur son territoire, son pays, et sur le monde. La volonté qui nous anime est ainsi de mettre encore plus en lumière le lieu, ses actions et ses artistes ; et de le faire rayonner encore plus dans la métropole, la région, le pays et pourquoi pas au-delà de nos frontières. Fort de ces 3 temps : nourri du passé, ancré dans le présent et projeté vers le futur : le Metronum doit donc accélérer, amplifier son rythme !

Le Metronum fait la part belle à la scène émergente et toulousaine en janvier avec notamment la Tournée du Chantier des Francos ou encore les auditions des iNOUïS du Printemps de Bourges. Quel regard portes-tu sur la scène musicale toulousaine ? 

La scène musicale toulousaine est particulièrement riche, diverse et féconde, un vivier exceptionnel dont Toulouse ne peut que se réjouir, valoriser et soutenir. Bien entendu le Metronum est la scène privilégiée des artistes locaux et de cette nouvelle génération qui fera les artistes de demain. Une scène que je veux continuer de révéler et faire rayonner par le prisme du Metronum. Cela se concrétise d’abord avec une attention particulière portée aux premières parties, qui permettent aux jeunes artistes de se dévoiler aux yeux du public et de se confronter aux enjeux professionnels sur une scène de pointe. Ce processus se prolonge dans des dispositifs spécifiques d’accompagnement auxquels le Metronum est évidemment associé et acteur impliqué. Des initiatives locales qui se déroulent au Metronum comme le Tremplin Décroche le Son ou le Prix Nougaro, mais aussi sur la scène nationale en partenariat avec en effet le Chantier des Francos et les iNOUïS du Printemps de Bourges notamment. Ils permettent de mettre des artistes au début de leur carrière sur une scène d’envergure, et au public comme aux professionnels d’aller à leur rencontre.

Slift – Inouïs du Printemps de Bourges 2019 @tbiarneix

Le Metronum est aussi investi à leurs côtés avec des accompagnements dédiés, avec le concours de nombreuses associations locales, d’accueil de résidences toute l’année, de coaching, de ressources et d’ateliers professionnels avec Octopus notamment. C’est un véritable parcours artistique et professionnel étoffé qui s’articule au Metronum, et qu’il nous est cher de plus structurer et renforcer. La scène musicale locale et la nouvelle génération artistique sont une force, le Metronum est et sera le porte-voix de artistes d’aujourd’hui et de demain.

Avant de conclure cet entretien, on a toujours quelques questions rituelles chez Opus. Si tu pouvais imaginer ton festival idéal, il se passe où et tu y fais jouer qui ?

À l’idéal ça serait le Paradis ! Elvis, Prince, Nina Simone, Freddy Mercury, Amy Winehouse, Jimmy Hendricks et David Bowie, joueraient pour nous depuis les nuages, pas mal comme groupe de rêve ?!

Sinon plus réaliste, mon festival idéal serait ouvert, exigeant et diversifié, pourquoi pas au Metronum ?!
Un moment à part où tout le monde se retrouverait dans un esprit de convivialité et de curiosité pour découvrir des artistes tout aussi divers. Un temps de fête et d’échanges sans frontières esthétiques, stylistiques, géographiques ou culturelles. Une scène multiple où se croiseraient les artistes locaux, la nouvelle génération, la création, les disciplines ; et où le public ne serait pas simple spectateur. Une véritable aventure culturelle dans laquelle la pratique artistique serait partagée, pour nous faire vivre le spectacle vivant plus intensément encore.

Et pour finir, quels sont les 2 ou 3 groupes que tu souhaiterais faire découvrir à nos lecteurs ?

Evidement j’aimerais que et ceux qui me lisent aient maintenant envie de venir découvrir les groupes des Tempos du Metronum. J’espère que mes mots se transformeront en notes de leur musique en live au Metronum ! Que les lecteurs se transformeront en spectateurs de leurs concerts, pour en faire la (belle espérons) découverte par eux- mêmes ! Donc venez (re)découvrir le Metronum et : I Me Mine, Villejuif Underground, Motorama, Pascal Comelade, Tangled Tape, Sônge, Fatima et Fatoosan !

Merci Elvire ! 

Les Tempos du Metronum du 31/01 au 02/02, entre 17h et 01h, gratuit – 8/12 €
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Retrouvez toute les informations concernant le Metronum sur leur site internet
Photo : ©SebastienOVibe

Propos recueillis par Allan

Cisco : Paroles d’enfants Paroles de migrants

Dum Spiro, Dervish TanDances, EXPerience, Binary Audio Misfits… l’agitateur culturel et fondateur du label indépendant Dora Dorovitch : Francis Esteves aka Cisco, est aussi à l’origine de ProDiGes, association culturelle et artistique ayant pour but d’encourager l’ouverture des esprits par le biais des arts.
Impulsé par l’écoute du titre 150 000 km de son acolyte Zedrine, un nouveau projet « Paroles d’enfants Paroles de migrants » voit ainsi le jour. Encadré par Djilali Benmoussa, professeur au collège Jean Moulin de Rodez et en collaboration avec le photographe Jean-Pierre Duvergé, il propose un autre regard sur l’exil, le parcours migratoire en s’appuyant sur les histoires et les souvenirs de ces élèves.
« Un projet qui permet d’ouvrir les yeux et les oreilles, qui donne la parole et délient les langues de ceux qui parlent et de ceux qui reçoivent la mise en forme de ce travail. Une invitation à un voyage atypique qui sans nul doute ne vous laissera pas indifférent. »

Bonjour Cisco ! Peux-tu nous dire comme est né ce projet ?

Bonjour, ce projet est un projet parmi tant d’autres que je mène depuis 5 ans au sein de ProDiGes / Dora Dorovitch avec un axe culture et lien social. Ce changement radical dans ma carrière d’artiste au sein d’Experience ex Diabologum puis Binary Audio Misfits et enfin Dum Spiro est un constat personnel et intime, que la musique et le monde de la production musicale ne me nourrissaient plus ou plus assez dans mon discours.
Une perte de sens nourri trop souvent par l’ego plus que par le propos ou les faux semblants marketings de propos, d’engagements. Ayant un passif professionnel dans le social c’est tout naturellement que je me suis orienté vers des publics fragilisés à qui on ne donne que peu souvent la parole.
En tant qu’artiste il me semblait intéressant d’avoir une notion de transmission tout en favorisant la verbalisation par mon médium, la musique.
J’ai d’ailleurs reçu le prix départemental « Culture et lien social » en 2019 autour de ces projets soutenus par ma structure ProDiGes.
Aujourd’hui, je suis toujours musicien mais avec une entrée chargée d’action et de médiation culturelles.
Je collabore avec différentes institutions sociales en milieu pénitentiaire, en soins palliatifs, en hôpital psychiatrique, en ITEP, et foyers d’accueil pour migrants…

Les migrants, un sujet qui te tient à cœur ?

Énormément, en tant que fils d’immigrés politiques. Le décès de mon père cette année m’a amené à dérouler le fil de mon histoire familiale, de ces histoires liées à l’immigration. Je me sens proche de ces personnes avec ce sentiment du « ni d’ici, ni d’ailleurs ». J’ai vécu cette sensation d’urgence de survie au travers de mon père. Ce sacrifice d’une vie meilleure quitte à devenir un fantôme identitaire.
En 2017/2018 j’ai effectué énormément d’aller-retours à Tanger l’une des portes d’entrée sur l’Europe. Cette errance des migrants, et surtout d’enfants non accompagnés, m’a bouleversée.
Un effet miroir viscéral inexplicable sur mon passé.

Comment s’est fait le travail avec ces jeunes? Sont-ils tous issus des migrations ? Les élèves des classes « normales » y ont-ils participé ?

Suite à ces voyages à Tanger sous forme de résidence d’artiste pour la biennale d’art contemporain « être ici » je me suis rapproché des classes, segpa et allophones du collège Jean Moulin de Rodez.
Cette rencontre avec les enfants a été facilitée par un professeur incroyable Djilali Benmoussa qui entoure ces jeunes d’une bienveillance hors norme. Djilali avait déjà travaillé sur la verbalisation avec ces jeunes au travers d’écrits qui avaient donné suite à un recueil.
Il a fallu créer une relation de confiance avec les élèves pour les amener à construire ce voyage musical et intégrer un home studio directement dans la classe. On était vraiment sur un projet avec la classe Segpa/Allophone, les autres classes « normales » n’ont pas participé.
C’est aussi une question d’intimité dans la création. Ce groupe spécifique, aux problématiques similaires, a évolué ensemble et s’est rapproché naturellement.

Comment s’est déroulé l’écriture des textes ? De façon collaborative ? 

Tout d’abord, je suis parti de l’écoute d’un titre de mon acolyte, dans Dum Spiro, Zedrine et de Aurelio Calvo, pour la première version musicale que j’avais réinterprété, re-mixé. 150 000 km était aussi le texte d’introduction de mon projet Dervish TanDances.
Autour de ce texte j’ai imaginé une réponse, un dialogue de chaque enfant à Zedrine. Les textes des enfants racontent leurs vécus, leurs sensations, leurs histoires intimes, poétiques.

Tu as travaillé au sein de classes allophones, évoquer leurs origines dans cette langue qu’ils ne maîtrisent peut être pas encore, ça doit être beaucoup d’émotions pour eux ?

Je vous conseille d’écouter ces 22 minutes de voyage. Effectivement cette émotion est palpable et l’effort pour certains est incroyable. Ces petits accents qui traînent font partie de cette aventure de l’authenticité de ces récits.

Les photos nous font voyager à travers plusieurs pays, du noir et blanc, de la couleur, des sourires, des visages marqués, comment s’est fait le choix des images ?

J’ai fait appel au photographe Jean-Pierre Duvergé qui mène un travail sur le « Facing ».
Au final son travail personnel et ce projet fonctionnaient à merveille car on y parle de l’humain dans toute sa diversité. Les photos se sont collées comme par magie sur les textes. J’adore le grain de cet artiste qui a répondu très positivement à ce projet malgré les problématiques de droit d’auteur et le propos même du projet qui est délicat. Jean-Pierre est un citoyen du monde et dans ce sens il a adhéré directement.

   

Y’ a t il eu une restitution en public de ce travail ? Si oui qu’elle a été la réaction des élèves, des proches, des responsables du collège ?

Lors d’un travail de restitution, « Orientalisme », de la résidence tangéroise à Rodez au musée Denys Puech, j’ai invité les enfants, leurs familles et le professeur Djilali Benmoussa à participer à une lecture de leurs textes.
Pour tous, c’était la première fois qu’ils rentraient dans un musée et surtout se retrouvaient face à un public attentif à leurs causes. Les jeunes ainsi que leurs familles étaient remplis d’émotion, d’une fierté bien placée, humaine et hyper touchante.
Tout simplement ce soir-là était rempli d’une mixité sociale réelle et qui pour moi est l’un des critères de l’existence d’une culture pour tous et par tous.

Au final tu retires quoi de cette expérience ?

Je retire énormément d’humilité et encore plus de conviction que la musique n’est pas qu’un art mercantile mais elle est bel et bien un art qui réunit chargé de sens. J’ai toujours été engagé dans mes projets musicaux. Aujourd’hui, à 46 ans et une belle carrière, je ne peux plus penser à la création sans y donner du sens. Ma richesse est là et bien loin du nombre de Stream, de like et de droits financiers générés.
J’essaye d’être intègre même si cela parfois me vaut des difficultés à boucler certains budgets mais au moins je m’endors et je vis avec le sourire et l’impression de servir des causes nobles, humaines, dans une notion de citoyenneté globale, mondiale.

Et enfin question rituelle, quels sont les deux ou trois projets que tu aimerais nous faire découvrir ? 

MIRAZ, groupe kurde d’Istanbul

ANDRRE, notre Canadien signé chez Dora Dorovitch

MAWARAN MILAN, chanteur libanais de Beyrouth vivant à Toulouse

et AN ILLUSTRATED MESS

Propos recueillis par Julien

 

From Play To Rec : « Offrir au public, une expérience plus immersive »

Un concert au casque dans les conditions du studio : avouez que l’idée est originale ! C’est le concept développé par From Play To Rec. On est allé à la rencontre de Jeremy Dunne son créateur pour en savoir un peu plus sur ce concept, avant son prochain rendez-vous le samedi 7 décembre avec Renarde !

Bonjour Jeremy ! Tu es le créateur de From Play To Rec : peux-tu nous expliquer le concept ? 

Bonjour ! Oui tout à fait, l’idée a commencé sous la forme d’une série documentaire. Dans chaque épisode je pars à la rencontre d’un nouvel artiste / groupe et lui propose de le suivre à travers la composition et l’enregistrement d’une chanson. J’ai initié ce projet avec l’ambition de répondre deux questions qui personnellement me fascinent et à auxquelles je n’avais jamais entendu de réponse concrète. A savoir : Comment les musiciens composent, comment ils échangent leurs idées, et dans quel état d’esprit sont-il lorsqu’il collaborent, qu’est-ce qui les inspire. Ce projet me permet également de travailler avec de nouveaux artistes tous très différents et d’expérimenter de nouvelles choses en production et réalisation musicale.

Plus que ce documentaire, tu organises aussi des Open Studio Sessions : comment ça s’organise ?

Exactement ! Au delà d’une série documentaire, j’avais envie d’offrir au public, une expérience plus immersive en créant des séances d’enregistrement publiques. Tous les mois j’investi un nouveau lieu pour y installer un studio d’enregistrement éphémère – j’invite un groupe ou artiste à venir enregistrer quelques titres en live et je mets une centaine de casque à disposition du public qui peut venir assister à cette séance de travail. Ces événements à la frontière entre la scène et le studio permettent de favoriser la rencontre entre créateurs et spectateurs.

Tu cherches à chaque fois des lieux différents ? 

C’est un projet qui est vraiment itinérant donc j’essaie de proposer différents lieux selon les artistes mais il arrive qu’on revienne dans certains lieux. Notamment au Studio 809 à Toulouse qui m’a demandé d’organiser plusieurs séances dans ses locaux. C’est un studio professionnel avec un parc matériel vraiment impressionnant, le genre de lieux qu’on a très peu l’occasion de voir si on est pas musicien. La capacité du studio est plus petite que les autres lieux dans lesquels j’organise ces événements, c’était donc très intéressant pour moi de pouvoir proposer plusieurs séances au public dans ce lieu.

Pendant les Open Studio Sessions, les artistes et le public partagent le même espace, les musiciens sont placés de part et d’autre de la pièce et le public est assis un peu partout autour

Ces Open Studio Sessions ne font jouer que des groupes locaux ?

Le projet étant né à Toulouse, il a commencé autour de groupes locaux mais j’ai de suite voulu l’ouvrir à d’autres artistes, notamment Oré, une artiste Pop – Hip Hop que j’adore et avec qui j’organise une session à La Bellevilloise (Paris) début 2020 !

La prochaine session se passe le 7 décembre avec Renarde. Comment ça se passe concrètement un concert au casque ? Comment réagit le public ? Est-ce qu’on entend aussi les musiciens où ils sont dans des box ? Dis nous tout !  

La prochaine c’est en effet avec Renarde que nous allons la faire. Cette fois-ci au Mama Shelter de Toulouse ! En plus c’est une session un peu particulière puisque l’artiste sort un nouveau clip qui sera projeté en avant première dans le cinéma du Mama Shelter !

Typiquement pendant les Open Studio Sessions, les artistes et le public partagent le même espace. C’est à dire qu’il n’y a pas de scène, les musiciens sont placés de part et d’autre de la pièce et le public est assis un peu partout autour. Les musiciens sont placé de cette manière afin d’isoler un maximum le son de chaque instrument. L’idée c’est vraiment de recréer un environnement d’enregistrement professionnel dans un cadre insolite et agréable pour tout le monde. Personne n’est enfermé dans un box, si on enlève le casque on entend certains éléments mais pas tout. C’est à dire qu’on entendra la batterie qui est un instrument bruyant mais pas le chant, ni les amplis guitares qui sont isolé dans un coin de la pièce.

Quelles sont tes envies avec ces sessions studio et avec le documentaire ?

Je souhaite vraiment ouvrir le projet à différents styles de musique, tant pour la série documentaire que pour les Open Studio Sessions. Mon idée c’est aussi de mêler des artistes de notoriétés différentes afin que selon les vidéos les gens puissent se plonger dans les coulisses des artistes qu’ils écoutent mais aussi piquer leur curiosité en proposant des artistes en développement.

Si tu pouvais réaliser le docu et les sessions avec les artistes de tes rêves, on entendrait qui ?

C’est typiquement le genre de question que je me pose tous les jours et à laquelle je n’ai jamais de réponse définitive ! J’ai fait une sélection d’artistes pour ces deux projets et ça a été très difficile de choisir. Je ne peux pas encore dévoiler cette sélection en plus.

Et enfin question rituelle, quels sont les deux ou trois projets que tu aimerais nous faire découvrir ? 

En ce moment j’écoute énormément Black Sea Dahu et This Is The Kit, si vous ne connaissez pas je vous les conseille vivement, c’est vraiment super ! Other Lives est aussi un groupe que j’écoute souvent. Dans un autre style musical, j’ai eu l’occasion de voir le groupe Birds in Row en concert qui est génial !

Pour les curieux de musique en général, je conseille de la série documentaire Shaking Through, c’est une mine d’or pour découvrir de nouveaux artistes.

Pour finir dans un registre plus local, Renarde est un artiste que j’apprécie beaucoup et qu’il faut suivre de près !

Merci Jeremy ! On a hâte de découvrir le concert du 7 décembre au Mama Shelter avec Renarde !