Rencontre avec la pop folk mélancolique d’Alone With Everybody

Quelques heures avant leur concert à la Halle aux Grains en clôture du festival Toulouse d’été, on a rencontré Alone With Everybody, groupe toulousain porté par Camille (guitare) et sa sœur Louisa (piano). L’occasion pour nous de parler de leur groupe, leur univers musical, leurs précédents morceaux mais aussi de leur deuxième album qui ne devrait plus tarder…

Louisa, Camille, merci de nous accorder un peu de temps avant votre concert pour Toulouse d’été. Comment vous avez trouvé ce nom qui colle très bien à votre musique, Alone With Everybody ?

Louisa : Merci. En fait c’est le nom du premier album solo de Richard Ashcoft.

Camille : C’est un album qui représente la fin de la britpop, au début où je m’intéressais à la musique. Et puis au début, Alone With Everybody était un projet que je menais seul, ça collait bien avec l’ambiance des premiers morceaux.

Justement tu étais seul au début, maintenant c’est un groupe porté par vous deux…

Louisa : Oui à la base c’était son projet solo, quand il a commencé j’étais assez jeune. Je faisais déjà de la musique depuis longtemps mais quand Camille s’est dit qu’il allait jouer ses morceaux sur scène, on a commencé à jouer à quatre et c’est par la suite qu’on s’est mis en duo.

Camille : Je ne voulais pas être seul sur scène à la guitare, même si je l’ai déjà fait. Ça permettait d’enrichir la musique avec un clavier.

Pour toi Louisa, jouer sur scène avec son grand frère, ça ressemble à un rêve de gamine ?

Louisa : (rires) C’est vrai que ça fait longtemps ! Depuis que je suis toute petite j’avais l’envie !

Camille : On n’a pas commencé à jouer ensemble très jeunes car on a un gros écart d’âge, presque 8 ans, donc effectivement c’était pas évident au départ. Mais plus on grandit moins l’écart d’âge se ressent.

Votre album Isolation Row a un peu plus d’un an, un bel opus où on ressent la recherche de la simplicité, de l’harmonie entre vos instruments, un album très mélancolique…

Camille : La mélancolie c’est ce qui me touche en tant que musicien, les sentiments plus joyeux ne me poussent pas à faire de la musique, mais ce sont plutôt les ambiances un peu plus feutrées qui m’inspirent. Je ne me vois pas faire des chansons sur la plage comme Jack Johnson. La mélancolie ce n’est pas un sentiment qui plombe, ce n’est pas déprimant, c’est juste un peu de douceur qui permet de se retrouver.

On imagine très bien certains de vos morceaux en B.O de films, comme No Regrets qu’on verrait bien dans un film du genre d’Into The Wild

Camille : Si on nous propose, on adorerait travailler pour un film ! Mais pour l’instant on n’est pas encore assez visibles. Il y a plein de films dont on se rappelle grâce à la musique.

Le cinéma fait partie de vos sources d’inspiration ?

Camille : Oui oui, un de nos morceaux, Baiser volé, c’est le titre d’un film de Truffaut. Mais parfois ce sont des associations : tu regardes un film et deux jours plus tard tu travailles sur un morceau qui te remémore le film. Mais ça marche aussi avec la télé. Pour Shopping by the Sea, je regardais un reportage sur Brighton qui m’a donné l’idée du titre. C’est vrai que les idées viennent de tous les éléments de la vie quotidienne, que ce soit le cinéma, la télé, les séries, la littérature…

La composition c’est essentiellement toi Camille ?

Camille : A la base oui, mais maintenant Louisa s’investit pas mal sur les arrangements.

On vous a vu en début d’année aux sélections régionales du Printemps de Bourges, c’est une belle reconnaissance pour vous !

Camille : Oui c’était très chouette, c’était bien d’y être, ça nous a permis de toucher un public un peu plus large.

Vous étiez donc au Métronum, vous pensez quoi de cette nouvelle salle de musiques actuelles à Toulouse ?

Camille : C’est une salle très bien mais qui, je trouve, en est encore à ses balbutiements.

Louisa : Oui, mais il y a déjà un gros potentiel. Je pense qu’on va y voir de beaux concerts.

La toute nouvelle salle du Métronum il y a quelques mois, la salle emblématique de la Halle aux Grains aujourd’hui avec Toulouse d’été… On t’a même vu prendre des photos tout à l’heure !

Camille : Oui, ce n’était pas prévu (le concert a été décalé à la Halle aux Grains à cause des orages annoncés). Ça n’arrivera sans doute pas deux fois ! Et puis c’est l’idéal pour nous, les gens sont assis, l’atmosphère est vraiment posée. Je pense que notre musique s’écoute assis.

On dit souvent qu’un morceau pop est réussi quand on a l’impression de déjà l’avoir entendu, c’est clairement le cas avec certains morceaux de votre premier EP : Bright Future ou Nobody’s reliable except those who are together

Camille : C’est vrai qu’on dit ça des morceaux pop… Il faut peut-être avoir l’impression de l’avoir déjà vaguement entendu, mais sans reconnaître exactement ce que c’est (rires). Quand j’ai un morceau en tête, si je sens que ça ressemble trop à quelque chose qui existe déjà, ça va me gêner. Mais c’est vrai que c’est pas mal d’avoir des repères dans ce qu’on écoute. Puis on n’est pas des révolutionnaires de la musique, et finalement il y en a peu qui révolutionnent. Certains ajoutent de nouveaux sons, de nouvelles choses, de notre côté on essaye déjà d’écrire des chansons qui nous touchent et de les emmener le plus loin possible.

C’est ce qui est compliqué dans la création dans votre style pop folk: créer quelque chose en restant dans des codes tout en étant original. Et c’est le cas dans Alone With Everybody !

Camille : C’est gentil ! C’est le but en tout cas. Je ne sais pas comment je fais, mais c’est vraiment le but : partir de cette base d’un songwriting folk de toutes les époques.

Louisa : Et puis on travaille avec des gens qui peuvent apporter quelque chose de différent, je pense à Ayumu à la batterie qui à mon sens se démarque vraiment par rapport aux autres batteurs, il a une esthétique qui colle bien à ce qu’on fait.

Camille : C’est ça, l’idée c’est de faire un format pop, propre, mais pas trop rigide. C’est ce qui est chouette dans la pop, c’est que ça peut représenter des milliers de choses, c’est un style qui se nourrit de beaucoup d’autres, et c’est ça que j’aime bien même si nous on se limite à une petite partie de la pop. Il existe des groupes qui vont dans une direction bien opposée. Nous, ça penche plutôt du côté folk, country, americana. Parfois, c’est plus psyché, ambiant.

Pour un folkeux comme toi, jouer aux Etats-Unis c’est extra !

Camille : C’était cool, aux Etats-Unis c’était au tout début, il y a…. 5 ans ! J’étais tout seul à l’époque. On a fait un petit tour dans le middle west, j’étais avec une américaine qui s’appelle Normandie Wilson qui tourne un peu dans les petits clubs, mais de façon un peu confidentielle. On a fait une tournée ensemble d’une dizaine de dates.

En parlant de dates, vous avez aussi fait les premières parties de Lilly Wood and the Prick et Pete Doherty !

Oui, Pete Doherty c’était au Bikini ! Lilly Wood and the Prick c’était à l’occasion d’un genre de showcase où j’étais tout seul. Et Pete Doherty c’était un des premiers gros concerts qu’on ait fait. Maintenant qu’on a plus d’expérience, ce genre de date serait plus facile à aborder je pense.

Plus d’expérience et même un deuxième album qui arrive, quel en sera sa couleur ?

Louisa : Oui, c’est en route !

Camille : Presque tout est composé, on a environ 13 morceaux qui sont à l’état de démo, on prévoit d’aller en studio pour les retravailler un peu. Et pour la couleur, c’est un peu plus ambiant, un peu plus planant, moins folk…

Vous connaissez déjà le nom ?

Louisa : Pas encore, mais ça viendra !

Camille : Un morceau de ce prochain album est disponible sur notre Soundcloud (Swann), l’esprit est assez différent du premier et on a fait un peu exprès de le poster tôt, pour savoir ce qu’il pourrait donner comme réactions. Après, il y aura toujours des morceaux folk, mais moins. On jouera moins sur les guitares acoustiques, on ajoutera plus de claviers.

Quand vous écoutez vos deux EP et le premier album, vous vous dites quoi ? On a fait du bon travail ? Là y’a des petits défauts ? Ou est-ce que vous ne l’écoutez pas du tout ?

Camille : Non, j’évite, je n’écoute plus vraiment ce premier EP.

C’est drôle moi c’est celui que je préfère !

Camille : Ah oui ?

Oui, il y a un côté authentique, homemade, et vous en jouez quelquefois en live… J’aime bien cet EP !

Camille : (rires) Maintenant on n’en joue plus qu’une sur scène je crois. Il n’est pas si mal, mais c’est fait maison.

Louisa : Oui, c’est Bright Future. Mais c’est vrai que maintenant on essaye de renouveler un peu le set. C’est la production qui est sûrement à revoir, mais au niveau de la composition les morceaux pourraient éventuellement ressortir sous une autre forme, mais il faudrait les retravailler.

Camille : Cet EP c’est vraiment une introduction, je rentrais d’Angleterre, c’était il y a 4 ou 5 ans, j’enregistrais dans ma chambre avec mes moyens de l’époque qui étaient quand même assez limités… Donc forcément il y a de l’authenticité.

Camille tu joues aussi parfois avec le projet toulousain Terre Neuve Collective ?

Oui pour la scène uniquement, j’ai fait la dernière tournée avec eux. C’est un collectif qui bouge énormément, il est porté par Matthieu (Miegeville), et en fonction des besoins je les rejoins. Ils m’ont appelé parce qu’Andy (Andrew Richards) ne pouvait pas faire la tournée en France et Belgique. J’ai rejoué avec eux il y a peu, c’est suivant les occasions. Et puis sur certains points ça se rapproche de ce qu’on fait dans Alone With Everybody donc ce n’est pas bizarre pour moi de jouer avec eux.

Dans un festival idéal, avec qui vous partageriez l’affiche ?

Camille : Bonne question !

Louisa : Avec Richard Hawley ! C’est le premier qui me vient à l’esprit. C’est l’ancien guitariste de Pulp qui maintenant mène une carrière solo, j’aime beaucoup ce qu’il fait !

Camille : Oui il a un style de crooner…

Louisa : Une voix très grave, très folk, avec un dernier album plus rock, plus psychédélique même. Je trouve en fait qu’on tend à se rapprocher de plus en plus de ce qu’il fait au fur et à mesure qu’on avance… Ce serait génial de partager la scène avec lui. Il a un sacré charisme… Il y aurait lui…

Camille : Lui, Laura Marling et Fleet Foxes ?

Louisa : Forcément Fleet Foxes, pour moi un des meilleurs groupes de folk qui existe, leurs harmonies vocales sont impressionnantes. C’est très abouti, on a l’impression d’entendre des chansons médiévales parfois, du chant grégorien…

Camille : Ils chantent à 4 ou 5 voix, c’est assez impressionnant.

Et ce festival il se passerait où ?

Camille : Quelque part en Angleterre ou aux Etats-Unis ! Quoiqu’en France aussi, dernièrement je suis allé à Nîmes, au This is not a love song festival, c’était très bien.

Nous on vous imaginait bien avec Sean Lennon !

Camille: Ah oui ! Alors son dernier album est différent, mais effectivement on est dans l’esprit !

Opus, c’est un blog de découvertes musicales, à part ceux dont on vient de parler, quels seraient les groupes que vous aimeriez nous faire écouter ?

Louisa : On va parler de nos copains ! Le Common Diamond, c’est un duo electro pop, ils sont très très bons.

Camille : Il y aurait aussi The Deserteurs, où jouent Louisa et Max, notre second guitariste.

Louisa : Oui, c’est du psyché garage. Après, en dehors de Toulouse il y a aussi Moodoïd par exemple.

Camille : C’est de la pop complètement farfelue, pour moi c’est un des meilleurs groupes français actuels, mais c’est barré ! Là on est à l’autre extrémité de la pop : des mélodies bizarres, un côté showman à paillettes, c’est à découvrir !

Louisa : C’est excellent, ils ont une esthétique ultra marquée.

Merci Alone With Everybody, on va fouiller le web à la recherche de ces sons. On vous retrouve tout à l’heure dans la Halle Aux Grains !

Louisa : Merci à tout à l’heure !

 

Rémy