Terrenoire : « On est toujours un peu démuni quand on voit des gens pleurer en concert »

Le duo Terrenoire est en concert jeudi 10 mars 2022 au Metronum à Toulouse. On les a rencontré la veille, profitant de leur présence à Toulouse pour deux jours de résidence scénique. L’occasion pour nous d’évoquer avec Raphaël et Théo leur premier concert à Toulouse, leur album, leur nouvelle formule live… 

Terrenoire crédit @remysirieix

Bonjour les garçons ! On vous retrouve cette semaine au Metronum, votre deuxième date à Toulouse. Quels souvenirs gardez-vous du concert au Bikini ?

Raphaël : On a de la famille ici, notre oncle, notre tante et nos cousin(e)s, on venait en vacances à Plaisance du Touch. Notre oncle et notre tante étaient très émus, ce sont des gens hyper pudiques, ils avaient trouvé le spectacle super. Il y avait une chaleur particulière le Bikini était rempli, on était là avec Clara Luciani.

Théo : Merci Clara !!! (rires) Tous les concerts qu’on a fait avec elle étaient bouillants.

Raphaël : Et puis au Bikini on a bien mangé. Les meilleures salles de France sont celles où on mange bien, ça fait partie de l’accueil en fait, quand on veut mettre les techniciens et les musiciens bien !

Les Inrocks lab, les Inouïs, les Victoires… Terrenoire a de plus en plus de reconnaissances honorables depuis 2 ans. Quand vous regardez en arrière, est-ce que vous identifiez un élément déclencheur dans votre parcours ?

Théo : Il y a eu 3 choses. Les Inouïs. La pub Intermarché qui a porté Jusqu’à mon dernier souffle. Et Les Victoires de la Musique.

Les Victoires c’est tout récent ! Déjà pour l’annonce de votre participation vous avez partagé un post très touchant sur Instagram. Comment vous vivez ce trophée ?

Raphaël : On pense surtout à savourer. On est hyper heureux, c’est tellement d‘émotions. Là on vient de finaliser la création du live avec les musiciens, on a abattu énormément de travail et là on savoure, on est dans le plaisir.

Théo : On est en bonne constitution pour prendre la route et faire des concerts. On peut lâcher prise. On grossit, on se structure et on est beaucoup plus accompagné, on peut se concentrer que sur la musique.

Si je me replonge dans la date au Bikini, toi Théo tu jouais derrière des machines. Sur le live aux Victoires on te voit assumer le chant avec Raphaël sur le devant de la scène. Sur cette tournée tu seras aussi aux machines ?

Théo : C’est plus hybride, mais je continue d’être derrière mon APC 40, un contrôleur midi, ça me permet d’altérer ma voix, d’avoir plusieurs tons. On aime bien faire ça dans notre musique. Je suis donc toujours musiciens et aussi chanteur.

Terrenoire c’est un duo de frères. Est-ce qu’avant ce projet-là vous avez eu des projets musicaux l’un sans l’autre ?

Théo : Raphaël avait un groupe éponyme, ils étaient 5 sur scène c’était en français, des chansons d’aventures folk, il a sorti un EP (à écouter ici). Et moi j’ai sorti un EP avec mon alias de producteur de musique électronique 1 000 Chevaux Vapeurs (à écouter ici). On a laissé ces choses-là pour se consacrer à Terrenoire.

Comment s’est dessinée l’envie de créer ensemble ?

Théo : C’était à l’occasion d’un concert en 2016, à Lyon, Raphaël devait jouer sans ses musiciens justement et il ne voulait pas le faire seul. Il m’a appelé pour monter un répertoire d’une heure avec des machines. A la fin de ce concert… Voilà !

Comment se passe la création musicale de Terrenoire ? Vous faites tout ensemble, chacun de votre côté ?

Raphaël : Je suis plutôt celui qui écrit les textes. Théo a quand même écrit une chanson entièrement, Dis-moi comment faire. Je suis plutôt auteur et Théo plutôt producteur, celui qui réalise la musique. Ça ce sont les endroits de séparations clairs, après on apporte des idées et on se laisse libre. Pour la suite je pense qu’on explorera d’autres façons de collaborer puisque ça ne crée pas la même musique !

Terrenoire en concert au Bikini – crédit @remysirieix

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avant de parler de votre magnifique album, j’aimerais qu’on reparle de votre EP sorti en 2018. La nuit des parachutes, Je bois tout seul, La pianiste, Allons là-bas… Il y avait déjà de nombreux tubes sur ce disque. Est-ce que ces chansons gardent une importance dans votre live actuel ?

Théo : On en joue encore !

Raphaël : 3 je crois…

Théo : La pianiste, Cœur en latex, et La nuit des parachutes !

Et c’est lequel de vous deux Bois tous seul ?

Théo : Les chansons sont toujours des choses plus ou moins inventées, mais là pas vraiment ! Y’a des moments où à Paris c’était intéressant de partir la nuit, seul, de vivre des aventures. Pour que ce soit beau il faut que ce soit rare, mais je conseille à tout le monde de le faire une fois dans sa vie, on rencontre toujours des gens !

J’ai rarement autant écouté un album que « Les Forces Contraires ». Et d’ailleurs j’ai rarement vu un titre d’album coller autant à son contenu. C’est sombre, c’est lumineux. Est-ce qu’on peut dire que Terrenoire est une musique à larmes ? Qu’elles soient joie ou tristesse ?

Raphaël : C’est beau… Nous on est un peu mal placé pour le dire, on est toujours un peu démuni quand on voit des gens pleurer en concert, ça arrive souvent ! Ce qui est beau quand tu crées, c’est toutes les parties que tu n’arrives pas à voir, ce qui est beau c’est le faisceau qui dépasse de la membrane, l’angle mort, derrière nous, derrière le soleil. Musiques de larmes, si tu le vois comme ça en tout cas ça nous fait plaisir…

On découvre 7 nouvelles créations dans la réédition des Forces Contraires. Ce sont des chansons toutes neuves où certaines auraient pu apparaitre dans l’album de 2020 ?

Théo : Non elles n’existaient pas, ce n’étaient pas des fonds de tiroirs. On a même deux autres morceaux qu’on a créé, masterisé. Et finalement à la fin on ne les met pas.

Raphaël : La seule qui existaient c’est Les météores, mais elle date d’avant Les Forces Contraires, même avant l’EP ! C’est la seule chanson d’amour transi, aussi direct, « je t’aime ». On a fait des choses où on a assumé d’être très candides depuis, cette chanson trouve vraiment sa place désormais dans Terrenoire.

Vous êtes en résidence le mercredi 09 et le jeudi 10 mars à Toulouse au Metronum, avec l’arrivée de musiciens sur scène avec vous !

Théo : Oui, il y a Rémy Fanchin (claviers), Gabriel Le Masne (batterie). On les a rencontré via nos collègues de travail et notre entourage pro. Ce sont des mecs supers !

Raphaël : On a eu envie de faire évoluer notre musique. On a mis du temps à maturer cette formule, on était heureux de porter ce spectacle juste tous les deux. Petit à petit on a senti qu’il nous manquait une énergie musicale.

Théo : Et puis plus il y a d’êtres humains, plus tu communies, même sur scène !

Donc on est pas très branché métaverse chez Terrenoire !

Raphaël : Il faut faire attention à la virtualité qui détruit le sensible. Le virtuel a du sens, ça permet plus de communication, c’est intéressant, par contre quand le métaverse remplace tout ce qui est sensible c’est trop…

Est-ce que Terrenoire préfère jouer en live ou enregistrer et créer en studio ? 

Rahaël : On aime les deux, c’est pas l’un sans l’autre. Il faut partir au charbon, créer de la matière et montrer cette matière !

On va sûrement ouvrir aussi à des instrumentistes en studio, ce qui va forcément tordre la musique de Terrenoire

Vous travaillez déjà un futur album ? Vous l’appréhendez ?

Théo : C’est un peu prématuré pour nous.

Raphaël : On n’a pas encore assez vécu ce live. On va partir sur la route là déjà.

Théo : Et il faudra qu’on soit posé à un moment…

Raphaël : Ce qui nous fait moins peur, c’est qu’on commence à savoir faire des disques ! On sait quelle dose de travail tu mets, on sait comment se préparer au mieux, peut-être qu’on passera beaucoup plus de temps à pré-produire, être sûrs de nos parties… On va sûrement ouvrir aussi à des instrumentistes ce qui va forcément tordre la musique de Terrenoire, on n’est pas, mon frère et moi, de grands instrumentistes. Donc avoir des gens qui ont ce vocabulaire va nous inspirer. La vraie suite ce sera d’intégrer des musiciens… Justement le contraire du métaverse qu’on évoquait : l’humain qui joue, des instruments qui vibrent !

On en vient aux questions rituelles : si on vous permet de créer votre festival idéal, il se passe où et on fait jouer qui ?  

Raphaël : On y a déjà pensé très fort. Ça se passerait au Château de la Perrotière, juste à côté de notre maison de famille à Terrenoire, on fait jouer tous nos amis stéphanois !

Théo : La Belle Vie, Zed Yun Pavarotti, Fils Cara, Cœur, Brique Argent, Felower. Bernard Lavilliers qui chapeaute tout ça.

Raphaël : Et on fait un festival d’amis ! On fait venir des artistes amis : November Ultra, Pomme… Des gens qu’on aime en fait !

Théo : Et nous on joue un peu bourré, quand c’est la teuf et qu’on rigole, vers 1h du matin (rires)

Et pour finir si vous aviez 3 groupes à nous faire découvrir ? 

Raphaël : Vinyl Williams, le petit-fils de John Williams, qui fait une pop céleste. Il joue à Paris mi-mars. C’est très très beau.

Théo : Floating Points et Pharoah Sanders qui ont sorti un album magnifique l’an dernier, Promises, avec le London Symphony Orchestra.

Raphaël : C’est une musique ambiante, magnifique. Vraiment un album magnifique, un des plus grands de la décennie je pense. Et en troisième… Maurice Ravel, c’est pas récent (rires), il a écrit une symphonie Daphnis et Chloé, pour la petite histoire on a samplé, dans le tout premier titre de Terrenoire, Le silence, on le commence par Le levée du jour de Daphnis et Chloé.

Merci beaucoup les garçons ! On vous retrouve le 10 mars au Metronum !

Raphaël : Merci à toi !!!