Musicalarue : 25 ans de sourire et de sueur

55 groupes se sont succédé sur les 9 scènes de Musicalarue, autant vous dire que ça devient vite un parcours du combattant pour le festivalier désireux de profiter au maximum de ces 2 jours. Un 1er round où les sauts de cabri et l’énergie débordante de Cali n’ont pas fait le poids face au hiphop rafraîchissant de Bigflo & 0li qui, s’ils n’étaient pas dans la cour des grands, ont enflammé la scène St Roch de leur flow plein d’humour et déjà bien maitrisé.

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Hubert Félix Thiefainela grande classe

Nouveau rendez-vous avec Hubert qui avait déjà foulé la scène des Samouneys en 2012. Le rockeur poète est comme chez lui à Luxey et va nous servir un set à l’image de son costume noir : impeccable, beau et emballant. Un office plein de générosité où vont se succéder ses incontournables : Alligator 427 (composé après une manifestation contre la centrale de Fessenheim en 1979), Les dingues et les paumés ou Je t’en remets au vent et les morceaux de son dernier album, Stratégie de l’inespoir.

L’envoutant Chapelier Fou

J’attendais beaucoup de cette rencontre avec Chapelier Fou alias Louis Warynski qui enchante ma platine depuis son EP Scandale. Première surprise, l’homme a sorti 3 aventuriers sonores de son chapeau pour l’accompagner sur scène. Une atmosphère envoûtante envahit le théâtre de verdure, les 2 violons s’amusent à martyriser les mélodies, les emmener au sommet des pins pour les laisser choir la seconde d’après. Touché au cœur, on s’accroche à la moindre variation pour ne pas sombrer dans ce dédale sonore.

La grande messe de Gogol Bordello

A l’annonce de la programmation, je me félicitais et me tapais sur le ventre à l’idée de croiser la route des gipsys punk de Gogol Bordello. Eugene Hütz et sa bande nous ont lancé à la figure les morceaux sauvages du dernier LP Pura Vida conspirancy, comme des possédés avec une telle ferveur que beaucoup se sont retrouvés sur le cul. The other side of rainbow, Dig deep enough, Pala Tute, Sally, les mélodies folk d’Europe de l’Est trouvent un magnifique écho dans les cordes du violon pour lui donner de nouvelles couleurs. Le prêcheur a su transcender le public de la grande scène qui en a vite oublié la pluie qui s’abattait sur nos visages ébahis.

Le rayonnant Pierre Lapointe

Le théâtre de verdure est encore baigné de rayons de soleil lorsque nous nous plaçons devant la scène à 18h30 (et c’est assez rare pour le souligner). C’est fort de ce statut de star, enfin de par chez lui, que cet inclassable québécois s’est présenté devant son piano pour nous livrer, comme sur son dernier album Paris tristesse, des morceaux où la mélancolie s’enveloppe d’un humour caustique. Des versions ultra dépouillées où la voix de ce funambule suffit à nous illuminer, lui qui a tout au long du set joué avec nos émotions en nous entraînant sur ce fil qu’il a tissé entre le rire et le poignant. Le bel exploit est d’avoir su capter l’attention d’un public de tout âge, malgré des chansons pas faciles d’accès, grâce à ses interventions et ses tranches de vie pleines d’humour et d’auto dérision. De Quelques gouttes de sang à Je déteste ma vie … La belle découverte du festival !

Face B, Rage against the sciure

FaceB c’est l’histoire d’une peinture, un premier uppercut visuel signé Taner Ceylan basé sur une photo du combat de Jamie Hendry vs. Tim Thurston, intitulé « Too much punch » et qui résume parfaitement l’univers du groupe. Quand on sait que le concert va se dérouler au sein du cercle, scène emblématique et intemporelle du village, on ne peut décemment pas manquer un tel séisme. Comme sur l’album, le trio ne s’embarrasse pas des détails et nous assène un rock’n roll brut, direct et violent. Matthieu et sa voix si atypique et rageuse hurlent les paroles de leur album Deuxième round. J’en ressors le sourire aux lèvres et une perte d’audition à l’oreille droite, mais prêt à en découdre pour un nouveau combat !

Songhoy Blues, jour de mariage

Pour quelques heures, la scène du théâtre s’est vue projeter au croisement de deux routes : un carrefour entre le Mali et la Nouvelle Orléans. C’est sans doute là que les membres de Songhoy Blues ont fait la rencontre de Damon Albarn, qui, à l’écoute de Soubour, a laissé son empreinte et son savoir-faire à ce blues maldingue. Sur scène, la magie opère vite avec un set débridé, plein d’entrain et de bonne humeur, où les guitares groovy se marient à merveille aux sonorités africaines. Une belle leçon, pleine d’optimisme et de sourire offerte par ce quatuor, malgré la situation dans laquelle se trouve leur pays…

Datcha Mandala, du yin du yang et une grosse énergie

On m’a fortement conseillé de me présenter devant la scène de l’Espace Pin pour découvrir ce trio bordelais. Bien m’en a pris, les « gamins » ont parfaitement digérés leurs influences rock des 70’s, Led Zeppelin, Black Sabbath, Zappa… Sur scène, on est bien loin de l’image des mandalas et de la méditation, Nicolas parle la langue du rock et ses feulements démoniaques rappellent ceux de Robert Plant dont l’ombre crépite dans cette électricité ambiante. S’il n’a rien de surprenant, leur mélange de blues et de riffs bien lourds est parfaitement maîtrisé : brut, sans concessions et rentre dedans. Et Quand on sait qu’ils ont grandi à l’école Chinoi, on ne peut que saluer le talent et le potentiel de ces jeunes passionnés.

J’aurais pu vous parler d’Ez3kiel et de leur sublime show lumineux, de la sensuelle Flavia Coelho, de Kate Tempest et de son flow plein d’énergie, de Billy The Kick qui a su séduire un espace pin remplie de nostalgie ou encore des russes de Little Big (…si seulement j’avais pu pénétrer cet antre bondé).

Au final, je reste tout de même mitigé sur cette 26ème édition qui a su battre des records d’affluence malgré une programmation en deçà des années précédentes et très poussive en fin de soirée. Mais Luxey, c’est avant tout un village, une ambiance, quelque chose d’indéfinissable qui fait que nous sommes chaque année au rendez-vous. Le vrai point faible de cette édition c’est sa trop courte durée !

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Julien